«Montauk», le badin agace

Publié 13/06/2017 en Cinéma

«Montauk», le badin agace
Susanne Wolff et Stellan Skarsgard dans «Montauk», Volker Schlöndorff.

Critique

En s’inspirant d’un roman de l’écrivain suisse Max Frisch, Volker Schlöndorff flatte son ego et s’enfonce dans des sables bien peu émouvants.

Une voiture s’enfonce dans une vague de sable dense à Montauk, au bout de Long Island, là où la terre s’arrête. Le conducteur et écrivain Max Zorn (Stellan Skarsgard), pataud, sort de l’habitacle et tente à l’aide de branches d’extirper le véhicule. Rebecca (Nina Hoss) se tient à ses côtés, saisie par une soudaine angoisse. L’enlisement semble lui laisser le temps de repenser sa présence auprès de l’homme qu’elle n’a pas vu depuis dix-sept ans. Max vient tout juste de publier un livre qui la positionne en figure centrale d’une lointaine foirade amoureuse, échec qu’il ne cesse de ressasser et de regretter depuis. Dans Retour à Montauk réalisé par Volker Schlöndorff, il retrouve cette femme à New York lors d’une tournée promotionnelle – et réussit à la convaincre de ce dernier tour en bord de mer, pour relancer leur passion tarie. Et l’on se retrouve, bien fâcheusement, envasé nous aussi dans ce règlement de comptes un peu lassant.

La filmographie du cinéaste allemand de 78 ans se distingue comme un gourmet sans bavoir par l’abondance de romans d’auteurs phares adaptés (Marcel Proust, Marguerite Yourcenar, Günter Grass…), qu’il souhaite «traîner dans la boue du cinéma» en les adaptant, assez confiant de ses petits coups de fouet. Se faisant plus sentimental ici, il décide de défricher l’amour et ses embûches, prenant pour socle le roman Montauk (1975) de l’écrivain suisse Max Frisch (son collaborateur sur Homo Faber en 1991) tout en se laissant griser par l’inspiration autobiographique.

On a tristement le temps comme Rebecca de s’interroger sur le bénéfice que peut retirer notre regard face à cette fable noyée sous une mélasse de bavardise vaine et de regrets qui pèsent lourd. Ce patinage artistique du nombrilisme nous entraîne dans un récit pompeux sans empathie. Cela ne semble pourtant pas se vouloir un portrait à charge mais, acharné à retenir les souvenirs pour les réparer, l’écrivain irradie d’une parole et de justifications qui ne font que s’écouter.

Les quelques scènes de passion sont polaires, les errances lisses, les discussions interminables (Nina Hoss reste la plus émouvante). Les morales restent parfois hermétiques : «On est tous faits maison, c’est peut-être le pire chez nous.» Vouloir recoudre son passé n’est pas forcément une sombre entreprise, il faut quelque peu convier les personnes autour de soi à ce qu’elles vous écoutent et vous aident, et non pas seulement à ce qu’elles avalent et subissent.

ParJérémy Piette

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