PS : Najat Vallaud-Belkacem, candidate malgré elle ?

Publié 23/11/2017 en Politique

PS : Najat Vallaud-Belkacem, candidate malgré elle ?
Passation de pouvoir au ministère de l’Education nationale entre Najat Vallaud-Belkacem et Jean-Michel Blanquer, le 17 mai.

Profil

Après juin et sa débâcle aux législatives, la figure socialiste a pris du recul vis-à-vis de la politique. Au sein de son parti, en déroute depuis la fin du quinquennat Hollande, plusieurs cadres l’imaginent en première secrétaire. Au risque de lui brûler les ailes.

Najat Vallaud-Belkacem : son nom refait surface. Depuis sa défaite lors des législatives, l’ancienne ministre de l’Education a coupé le son, disparu des radars médiatiques. Plus rien. Elle regarde ailleurs. Elle a emménagé dans une belle petite maison avec son époux, le député Boris Vallaud, et leurs deux enfants dans le XIXe arrondissement de la capitale. La socialiste profite de la vie «ordinaire», loin des bisbilles politiques. Récupère ses enfants à l’école, gère la déco de sa maison, apprend par cœur les stations de métro au fil de ses balades.

Ces derniers jours, pourtant, la pression a frappé à sa porte. Le printemps et le congrès du PS approchent. Beaucoup de socialistes la poussent à se présenter afin de prendre la tête du parti : le téléphone sonne, les messages pleuvent pour la faire sortir de sa planque. Sans effet pour le moment. Du côté de la sphère privée, ses proches se divisent. La principale concernée écoute tous les protagonistes sans indiquer sa préférence. Contrairement aux bruits de couloir, elle n’a pas encore fait part de sa décision. Elle hésite. La reine du silence devra se déclarer (ou non) au plus tard à la fin du mois de décembre.

Jeudi 15 juin : elle se pose au fond d’une brasserie à Villeurbanne (Rhône). Le regard rivé sur son portable, elle rigole à voix haute. Puis elle nous invite à partager son fou rire. Dans une émission de télé, Anissa Khedher, candidate d’En marche dans la circonscription voisine, propose d’installer des «paravents» pour diviser les classes par deux dans les établissements scolaires. Cette vidéo lui fait du bien. Une sorte de soulagement face à l’ouragan Macron. Elle se console : «C’est aussi impossible que de faire voler un cerf-volant en pleine tempête.» Trois jours plus tard, elle se présente face à la presse. Voix tremblante et regard fragile, Najat Vallaud-Belkacem annonce sans surprise sa défaite au second tour des législatives. Bruno Bonnell, protégé de Gérard Collomb, rafle la mise. La toute nouvelle ex-ministre de l’Education, l’un des visages du quinquennat de François Hollande, l’un des espoirs de la gauche, se retrouve sans mandat. Le début d’une nouvelle vie qui n’était pas inscrite sur son agenda.

Née sous une bonne étoile

Pour la première fois de sa carrière, «NVB» est au pied du mur. Celle qui vient à peine de souffler sa quarantième bougie est une enfant gâtée de la politique. Elle a tout obtenu à grande vitesse. Du porte-parolat de Ségolène Royal, lors de la présidentielle en 2007, au ministère de l’Education – une première pour une femme – lors du quinquennat Hollande. Une trajectoire vertigineuse. La petite fille ouvre les yeux à Beni Chiker, un village marocain loin de tout. Najat Belkacem découvre la France à l’âge de 4 ans. La famille s’installe dans la Somme, à Abbeville puis à Amiens-Nord. L’éducation est stricte, l’école un tremplin qui la mène à Sciences-Po avant de connaître les lambris de la République. De son chemin, elle a fait un livre, La vie a plus d’imagination que toi.

Convaincue d’être née sous une bonne étoile, Najat Vallaud-Belkacem impose ses règles du jeu. Comme toujours, elle ne s’aventure jamais dans un nouveau projet sans sonder la température auprès des siens et des curieux. Elle écoute, scrute, interroge. L’ancienne ministre, qui multiplie les rendez-vous, évite de trop en dire. La confiance a un prix. Une attitude qui déstabilise de nombreux visiteurs : ils se pointent avec des questions et repartent souvent avec leurs interrogations.

Son conseiller, François Pirola, a connu Najat Vallaud-Belkacem à Lyon, lors de ses débuts en politique. Depuis, il fait partie de toutes les équipées. Il théorise le silence et la méfiance : «Ça fait près de dix ans qu’elle n’arrête pas, elle a le droit de se taire, de souffler, de faire de nouvelles rencontres. Et ça lui fait du bien. Elle met du temps avant de se livrer, elle a raison car tout peut être répété et déformé.» Il y a quelques semaines, il exhortait son «amie» à rester à distance de la rue de Solférino et de la bataille du congrès. Trop de coups à prendre, trop de risques de compromettre l’avenir.

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Aujourd’hui, Pirola a changé de discours. «Le temps politique va beaucoup plus vite que prévu et l’aventure peut être belle. Il y a tout à reconstruire au PS, elle peut façonner le parti à sa manière, lui donner un nouveau visage. Je sais que ça ne la laisse pas indifférente», souffle-t-il. Si elle accepte le challenge, elle n’ira pas «à reculons», promet-il. Au sein de son entourage proche, les avis divergent. Un de ses amis, qui «échange tous les jours avec elle», juge que le congrès arrive un «peu trop vite». Il développe : «Evidemment qu’elle y pense, c’est le cœur de son engagement. Mon sentiment personnel ? Najat est une personne importante pour la gauche, je sais que ça la brûle de prendre le parti, elle incarne une histoire, mais elle prendrait le risque de s’abîmer dans cette aventure.» Comprendre : ne pas sacrifier son avenir national pour le bien du Parti socialiste. Boris Vallaud serait de cet avis. Contacté par Libération, il refuse de «s’exprimer publiquement» sur les choix de carrière de son épouse.

L’ancienne ministre – qui reste très proche de ses deux sœurs et de sa mère – a construit son premier cercle durant le quinquennat. La politique se mêle à l’amitié. Au tout début du mois d’octobre, la majorité de ses anciens collaborateurs étaient présents à son domicile pour arroser un double événement : son anniversaire et la pendaison de crémaillère. Et au ministère de l’Education, les karaokés n’étaient pas rares. Najat Vallaud-Belkacem se lâchait sur Jean-Jacques Goldman, Louane et Vianney. Son ancienne cheffe de cabinet, Eléonore Slama, fait partie de la bande. Sur le futur proche, elle mise sur la synthèse. Ça donne : «Si je me place en tant qu’amie, je lui déconseille d’y aller. Mais ce n’est pas une déserteuse, elle a toujours été loyale, la preuve, elle a été une des seules a faire campagne pour la présidentielle malgré toutes les difficultés des socialistes à ce moment-là. Il n’y a pas meilleure qu’elle pour le poste.»

En attendant la fumée blanche, «l’ex-numéro 3» du gouvernement ne manque pas d’offres d’emploi dans le privé. Elle a reçu la visite de quelques chasseurs de têtes. N’écarte pas l’hypothèse de montrer sa propre entreprise. La découverte d’une nouvelle vie. Elle n’a pas encore franchi le pas et enchaîne les consultations auprès de différents chefs d’entreprise pour se faire une idée. Son hésitation dépend également de son choix politique. François Pirola s’interroge et pointe un détail qui a son importance : «Est-ce qu’on peut penser que le parti verse un salaire à son premier secrétaire s’il en fait son activité principale ?» Cette question irrite les prétendants au poste, à l’image du député Luc Carvounas, qui devrait se déclarer dans les prochains jours. Il promet une «campagne sereine, sans coup bas». «Le premier secrétaire ne doit pas être rémunéré», assène-t-il. La direction actuelle rappelle que le parti est en plein plan social. Carvounas ajoute : «Selon moi, le prochain chef du parti doit avoir un mandat et de préférence à l’Assemblée nationale.» On ne l’imaginait pas dire autre chose. D’autres reprochent à NVB son manque d’ancrage local. «C’est une figure médiatique qui ne connaît rien aux enjeux des fédérations, être premier secrétaire, ce n’est pas faire la tournée des plateaux télé», confie un potentiel candidat. La bataille est lancée.

Chacun montre son jeu

La mutique Najat Vallaud-Belkacem peut compter sur ses alliés pour entretenir le suspense et le désir. Fin septembre, elle a signé un texte en compagnie de plusieurs figures socialistes de sa génération – qui se situent au centre du parti – pour «réinventer la gauche». Ils échangent via WhatsApp et se retrouvent une à deux fois par mois autour d’un dîner. Le dernier repas a eu lieu chez elle la semaine passée. On y retrouve Olivier Faure, Nathalie Appéré, Jean-François Debat, Johanna Rolland, Boris Vallaud et Mathias Fekl. Entre eux, un pacte a été conclu : chacun montre son jeu, et pas de coup de pied sous la table. La bande des quadras refuse de se voir comme un «courant», manière de rompre avec le vieux monde des éléphants et d’enterrer les rancunes tenaces qui ont bousillé le parti. Entre eux, le nom de l’ex-ministre de l’Education revient tel un gimmick dès lors qu’on évoque le sujet «premier secrétaire». Un des membres qui préfère se faire discret : «On connaît son tempérament, il ne faut pas la brusquer – on tente de la convaincre avec le sourire, sans lui mettre la pression. Il ne faut surtout pas lui donner le sentiment de la forcer.» L’élu local conclut : «Face à Macron, Mélenchon, Wauquiez et Le Pen, le parti ne peut pas se permettre d’afficher un leader inconnu des Français, au risque de disparaître des radars.»

D’autres assument à visage découvert. C’est le cas d’Olivier Faure. Le chef des socialistes au Palais Bourbon refuse de perdre du temps. Lui qui souhaite voir une femme à la tête des socialistes explique à qui veut l’entendre que le PS est «devenu inaudible» et que le congrès doit permettre au parti de se relever avec une «voix forte». «Najat est très identifiée dans le débat public, sa personnalité clive et c’est un point positif. Elle fait parler d’elle, du parti et elle incarne très bien la gauche. Vous avez vu son parcours ? Il représente tout ce que nous voulons faire pour les enfants de notre pays, peu importe d’où ils viennent», tonne-t-il. Nathalie Appéré, maire de Rennes, relance : «Notre parti a trop souffert des guerres d’ego. Najat, elle, n’est pas marquée, elle n’a pas de courant, pas de tuteur en politique. Elle peut rassembler le parti autour d’elle.» Autour d’elle, les fleurs tombent de tous les côtés. Et elle aime ça.

«Faire le forcing»

Mercredi soir, posé dans un bar sur la place de la Madeleine, à Paris, Mathias Fekl emploie le mot «star», «dans le bon sens du terme» pour qualifier son ancienne collègue du gouvernement. «Il suffit de se balader avec elle pour comprendre : tout le monde la reconnaît», dit-il avec le sourire. Au fil des mots, il revient sur le quinquennat et les attaques à la chaîne des «identitaires» à l’endroit de la ministre de l’Education. Le lendemain, par texto, Fekl prolonge la discussion : «Par son parcours et son combat, elle fait partie des personnes qui peuvent donner une dynamique à la gauche.» L’ancien ministre du Commerce extérieur refuse d’en dire plus, «de faire le forcing», car c’est «à elle de décider». Pour le moment, Najat Vallaud-Belkacem maintient sa ligne, elle reste en mode mute. Ses amis s’ébrouent à sa place. L’un d’eux confie : «Elle n’est pas véritablement au pied du mur. Il lui reste quelques semaines de réflexion et je suis certain qu’elle profitera de sa liberté jusqu’au dernier moment.»

ParRachid Laïreche

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