A la convention de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon se pose en «passeur»

Publié 26/11/2017 en Politique

A la convention de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon se pose en «passeur»
Jean-Luc Mélenchon à la tribune, samedi à Clermont-Ferrand.

Reportage

Les insoumis étaient réunis ce week-end à Clermont-Ferrand. L’occasion pour leur leader de tancer Macron et de chercher des solutions pour maintenir son mouvement dans le jeu politique.

Il est 13 heures dimanche et la convention de La France insoumise touche à sa fin. Chose rare, avant d’éteindre la lumière et quitter Clermont-Ferrand, Jean-Luc Mélenchon passe une tête du côté de la petite salle réservée à la presse. Il salue les journalistes, un par un, guette les accréditations pour mettre une tête sur chaque média. Entouré par les micros, les stylos, le leader du mouvement fait le tour de l’actualité. Une façon de mettre fin à la rumeur qui galope sur les ondes : Jean-Luc Mélenchon, dont la popularité n’est pas au mieux, serait déprimé face à Macron.

La figure centrale de La France insoumise se dit tout de même «heureux» devant le parcours de son mouvement depuis sa création en février 2015. Pas très loin, Adrien Quatennens l’écoute. Il y a quelque temps, il était un insoumis comme un autre. Aujourd’hui, le député du Nord est l’une des coqueluches de la famille.

Jean-Luc Mélenchon se voit comme un «passeur». «C’est mon rôle depuis ma rupture avec le PS qui était indispensable, c’est mon rôle dans ce moment de l’histoire car l’ancienne gauche n’est pas dans un état racontable», argumente-t-il. Il cite le socialiste Olivier Dussopt, qui a rejoint le gouvernement trois jours après avoir voté contre le budget.

Lumière

Le «passeur», qui souhaite que son mouvement s’installe dans la durée, reste au premier rang. Il dit : «Je ne suis pas à la retraite, je ne rends pas les clés, mais j’[en] ai fait un double.» Sa manière d’expliquer qu’il partage la lumière. Avant de s’éclipser, le député de Marseille prévient son monde : la politique de Macron «n’imprime pas», le Président a «mangé son pain blanc». La veille, lors de l’ouverture de la convention, l’ambiance était différente. Le tribun avait mis de côté sa blouse de travailleur. Celle qu’il enfile lors de ses meetings. Il s’était présenté sur scène, au milieu des regards, en veste de costume bleue, cravate rouge. Le sentiment d’assister à une réunion de famille. On a entendu des mots comme «pouilles», «noises», «pitchounes» et «carabistouilles». La main droite dans la poche, il a égrené les mauvaises nouvelles : les dernières semaines ont été compliquées. Macron a réformé le code du travail sans grande difficulté – La France insoumise a été plongée dans l’essoreuse à polémiques, notamment avec «l’ignoble M. Valls et ses aboiements». Il cherche le bon côté : «Nous ne renonçons pas à l’honneur d’être une cible.»

Ces derniers temps, le mouvement s’est crispé autour de la laïcité, un sujet qui fait vibrer nombre de politiciens de gauche et de droite, et qui électrise l’actualité. Au sein des insoumis, plusieurs tendances cohabitent. «Je sais bien que c’est déroutant mais notre mouvement est hétérogène. Personne n’est obligé de répéter ce que je dis», assume Mélenchon. Danielle Obono argumente : «Nous avons des histoires et des parcours différents mais on se retrouve sur le programme.» Le nom de la députée de Paris revient souvent. Quelques confrères de la famille aimeraient l’entendre un peu moins sur ces sujets, pour «le bien du mouvement». Néanmoins Mélenchon prévient : «La laïcité ne doit pas être un prétexte pour s’attaquer à une religion, l’islam.»

«Vélo»

Dans son discours, face à la situation politique, le quatrième homme de la présidentielle a employé le mot «lucidité». «Hélas, c’est loin d’être terminé», souffle-t-il. Selon lui, Macron, ce «président des riches» qu’il surnomme «Zorro», étouffe les communes, les petits maires et marche pour la France qui va bien, l’Europe «du fric». Pour Adrien Quatennens, le constat de son mentor est «raisonné». Il détaille : «On a face à nous un rouleau compresseur et une énigme : la majorité du pays est contre la politique de Macron. On doit réussir à changer la donne mais une mobilisation, ça ne se décrète pas.» La lutte contre les ordonnances a fait pschitt et les étudiants n’ont pas l’air prêts pour la révolution, malgré les conférences des députés de La France insoumise dans les facultés. Le mouvement guette du côté des collectivités locales pour allumer la mèche.

Tout au long du week-end, le fond s’est mélangé à la forme. La France insoumise court toujours après son idéal : un mouvement qui ne ressemble ni de loin ni de près à un parti traditionnel. La question du chef est réglée depuis sa création. Jean-Luc Mélenchon représente La France insoumise, une sorte de figure paternelle, et personne ne le conteste. La difficulté est ailleurs. Le mouvement, qui a été conçu pour la présidentielle, cherche des solutions pour rester en action, se consolider, afin d’occuper le terrain. Une assemblée représentative de 250 personnes, dont une majorité sera tirée au sort, devrait voir le jour. Alexis Corbière, député de Seine-Saint-Denis, souffle une formule qui dicte l’état d’esprit : «La France insoumise, c’est comme un vélo : pour que ça tienne debout, il faut que ça avance.»

ParRachid Laïreche, Envoyé spécial à Clermont-Ferrand

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