«Normandie nue», pénible effeuillage dans le bocage

Publié 09/01/2018 en Cinéma

«Normandie nue», pénible effeuillage dans le bocage
François Cluzet en maire Balbuzard et robe de chambre.

Critique

A force de gags rances sur fond de crise des éleveurs, la comédie de Philippe Le Guay dérange et déprime.

Dans un patelin de Normandie, le maire Balbuzard (François Cluzet en grand chantre du bon sentiment français) tente de convaincre les habitants de poser nus dans un champ pour les besoins d’un artiste contemporain. Avec l’opération, il espère attirer l’attention des médias sur la crise des éleveurs (baisse du prix de la viande, du lait, surendettements, suicides…), un sujet que le réalisateur Philippe Le Guay tente de retranscrire entre ce qu’il faut de considération et brins d’humour. Mais aucune de ces tonalités ne prend vraiment : toute gravité se trouve désactivée par les interprétations désastreuses (mais pas assez pour croire à un fait exprès) censées en porter la charge, tandis que les clichés volent bon train sans recul ni retournement dans une mélasse de représentations clivées et essentialistes douteuses.

«On a tous une quéquette, y’a pas de quoi en faire un fromage», clame le maire Balbuzard qui a sacrifié une bonne partie de sa vie au service de son village. La femme du charcutier, ex-miss Calvados, n’ira pas, puisque son mari le lui défend (normal !). Un des villageois pense qu’Obama est encore président… On voudrait rire de tout cœur aux artères bouchées par tant de gags potaches, mais on tend plutôt à friser l’étouffement.

Il faut voir la façon dont le film enrobe et résout l’enjeu de la nudité d’un discours libérateur ascendant rance pour conduire à un tableau final où la meute des néo-nudistes enfin convaincus bénéficie d’un cache-sexe symbolique de la mise en scène – comme si le film ne voulait pas assumer la liberté de ces corps qu’il faisait mine de défendre. Seul François-Xavier Demaison parvient à nous tirer quelques rires, dressant une caricature parisienne persuadée que la campagne lui fait le plus grand bien alors que les allergies lui ravagent le visage. Une ressource humoristique que le cinéaste manipule bien mieux et qu’il ne semble pas, au regard du temps qu’il lui dédie, prendre in fine au sérieux.

ParJérémy Piette

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