Parcoursup : «J’avais l’espoir que cela change la mentalité sur les bacs pro, je me sens piégée»

Publié 12/03/2018 en France

Parcoursup : «J’avais l’espoir que cela change la mentalité sur les bacs pro, je me sens piégée»

Parcoursup, année zéro

Elèves, profs, conseillers d’orientation, enseignants-chercheurs… Tous sont en première ligne face à la réforme de l’accès au supérieur, qui se met en place à toute vitesse. «Libération» leur donne la parole pour qu’ils racontent les bouleversements en cours.

Les élèves de terminale et les étudiants en réorientation ont jusqu’à ce mardi 18 heures pour entrer leurs dix vœux de formation dans l’enseignement supérieur dans la nouvelle plateforme Parcoursup. Cette réforme, adoptée en quatrième vitesse et dont la loi n’a été promulguée que la semaine dernière, modifie dès cette année les règles d’entrée à l’université. Jusqu’ici, si des critiques émergent, la mobilisation n’a pas pris. Une nouvelle journée de manifestation est prévue ce jeudi à l’appel des syndicats lycéens.

Elèves de terminale, étudiants en réorientation, équipes pédagogiques côté lycée mais aussi universités, parents… Depuis le début de l’année, Libération a choisi de donner la parole à tous ceux qui sont en première ligne dans l’application de cette réforme d’ampleur. Pour que chacun raconte, avec ses mots et son ressenti, les changements vécus de l’intérieur.

A lire Le prédécent épisode de notre chronique : un start-upeur, qui se retrouve au cœur de l’application de la réforme.

Carole, 17 ans, prépare un bac pro AMACV (artisanat et métier d’art communication visuelle), dans un lycée professionnel d’Aix-en-Provence

«L’arrivée de la clôture des vœux sur Parcoursup m’angoisse. Je les ai pratiquement tous rentrés dans la plateforme, mais il faut encore que je m’occupe des lettres de motivation [les élèves ont jusqu’à la fin du mois, ndlr].

«Je ne sais pas trop comment faire car on n’a le droit qu’à 1 500 caractères, ce n’est pas beaucoup. Surtout pour mon projet d’intégrer une Manaa (mise à niveau en art appliqué), pour ensuite préparer un diplôme des métiers d’art (DMA) en animation, des cursus qui sont aussi en train d’être réformés (1). Tous les exemples de lettres que l’on nous a montrés sont très développés, il faut citer des références artistiques et on ne peut pas en parler en 1 500 caractères, enfin, moi, je n’ai pas réussi. J’ai dû écrire un texte bateau pour toutes les écoles. J’ai peur que ça me pénalise, d’autant plus que je suis une élève de bac professionnel et qu’ils n’en prennent pas beaucoup.

«Je comptais aussi sur mes bonnes notes dans les matières professionnelles pour m’aider, mais, quand j’ai rentré mes bulletins sur Parcoursup, j’ai eu la mauvaise surprise de voir que seule la moyenne générale de toutes les notes professionnelles était demandée. Je trouve ça trop bête. Du coup, il n’y a pas non plus les appréciations dans ces différentes matières, c’est frustrant. J’en étais fière, car mes professeurs y soulignent que j’ai de bonnes qualités graphiques, un bon coup de crayon, mais a priori personne ne pourra le lire.

«Quand on m’a dit qu’une réforme sur le post-bac s’engageait, j’avais l’espoir que cela change la mentalité sur les bacs pro, mais en fait pas du tout. Je suis déçue et je sais que je vais être désavantagée. Je me sens piégée car quand j’ai intégré ce cursus, je pensais que les écoles allaient plus facilement m’accepter parce que j’aurais de l’expérience dans l’art et ce n’est pas du tout le cas. Si aujourd’hui, j’étais au collège, j’irais en filière générale. Même avec un super bon dossier, 15,6 de moyenne, je ne suis pas sûre d’y arriver. En plus, les réponses des écoles publiques arriveront tellement tard que je ne pourrais plus me retourner vers le privé en cas de refus de tous mes vœux.»

(1) Dans certaines académies, à la rentrée 2018, le DNMADE (diplôme national des métiers d’art et du design) remplacera la Manaa, les BTS en arts appliqués et les DMA.

ParMarlène Thomas

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