Marine Le Pen a promis nom et merveilles au FN…

Publié 11/03/2018 en France

Marine Le Pen a promis nom et merveilles au FN…
Marine Le Pen, pendant son discours, à Lille, dimanche.

Récit

A l’issue du XVIe congrès du mouvement, organisé ce week-end, la présidente a proposé de changer l’appellation de son parti en «Rassemblement national». Une façon de parachever la «refondation» entamée après les échecs électoraux de 2017.

Que reste-t-il du Front national après son congrès «refondateur» du week-end ? Tout, sauf le mot «Front». «Rien d’autre ne change», prévient un dirigeant du parti d’extrême droite. Ni le discours, ni les idées, ni les cadres, ni la ligne, ni les électeurs, ni les dérapages racistes. Le FN s’appellera désormais «Rassemblement national» (ou «RN»), a annoncé Marine Le Pen devant ses sympathisants à Lille. Ce changement est censé être le point d’orgue de la «refondation» qu’elle a engagée après sa défaite à la présidentielle de 2017 et l’échec cuisant aux législatives. Le nouveau nom fera bientôt l’objet d’un vote des adhérents par courrier et elle a promis de se «plier à leur décision». Ces derniers pourraient l’avaliser, mais ce n’est pas certain, au vu de la «grande consultation» engagée par le FN en novembre. A peine plus de la moitié des 20 000 adhérents ayant répondu au questionnaire se sont prononcés en faveur de cette «petite révolution» (52 %), selon les résultats communiqués par la direction du parti. Un chiffre un peu «arrangé», semble croire un cadre frontiste, parlant quand même d’«une démarche positive» : «Cette question ne crée pas vraiment de frustrations. Pas d’enthousiasme non plus [lire page 4].»

Ripolinage. L’annonce d’un FN devenu RN met fin à plusieurs semaines de suspense alimenté par le parti. Marine Le Pen, «qui a beaucoup réfléchi et consulté» ces cinq derniers mois, a décidé de garder le mot «national» en lui accolant le mot «rassemblement». Le mot «front», à la connotation trop «défensive», «caricaturale», a donc été enlevé. On «fait souvent front contre, mais jamais pour ou avec, a souligné à la tribune Marine Le Pen dimanche . Cela pouvait être un frein psychologique pour nous rejoindre.» Ce ripolinage sert à rassurer les futurs alliés potentiels du FN, inquiets de l’image et du passé sulfureux auquel son nom historique renvoyait. «Ce changement est symbolique, mais s’intègre dans notre nouvelle stratégie de « rassemblement », dans une période de recomposition politique», souligne dans les couloirs du congrès un eurodéputé du mouvement. Depuis le départ de Florian Philippot, ancien numéro 2, le FN est passé d’une stratégie de «dédiabolisation» à une tentative de «désenclavement». Le parti d’extrême droite se veut désormais l’architecte du rassemblement des droites, le reste est «laissé à Macron» qui aspire beaucoup de monde vers le centre, y compris une partie de LR. «On a mis le temps mais on a fait le constat qu’on n’arrivera pas au pouvoir sans alliances, car un monde nouveau est en train de naître. Ça a une influence sur la recomposition politique», estime Philippe Olivier, proche conseiller de Marine Le Pen. «Gagner sans alliances est ardu», a pointé celle-ci à Lille.

Perche. Mais pour l’instant peu de ralliements à l’horizon, si ce n’est celui de Thierry Mariani, ex-ministre des Transports de Nicolas Sarkozy. Marginalisé à LR, il se sent prêt à «regarder si un accord ou un rapprochement» pourrait être possible avec le FN, «qui a changé», assure-t-il dans une interview au Journal du dimanche. A Lille, Philippe Olivier en a profité pour saisir la perche – et surjoué l’homme surpris – en disant que «c’est la preuve qu’il est en train de se passer quelque chose». Selon nos informations, Mariani est en réalité en contact avec le FN depuis plusieurs mois, ce dernier étant en train de préparer sa liste pour les européennes. Une liste que le FN et ses rares alliés veulent «de coalition».

ParTristan Berteloot

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