Corse : Talamoni et Simeoni à Matignon avec des revendications bémolisées

Publié 11/03/2018 en France

Corse : Talamoni et Simeoni à Matignon avec des revendications bémolisées
Jean-Guy Talamoni et Gilles Simeoni, le 6 février, lors de la visite en Corse de Macron.

Récit

Edouard Philippe doit recevoir ce lundi soir les chefs de l’Assemblée et de l’exécutif insulaires. Au menu des discussions : la place de la Corse dans la Constitution.

La Corse sera mentionnée dans la Constitution : ce privilège, réclamé par les dirigeants nationalistes de l’île, leur a été accordé par Emmanuel Macron lors de sa visite sur place, début février. Reste à en déterminer les termes. Edouard Philippe en dira plus ce lundi soir à Matignon, où il reçoit les deux hommes forts de Corse : le président de l’exécutif, l’autonomiste Gilles Simeoni, et celui de l’Assemblée insulaire, l’indépendantiste Jean-Guy Talamoni. L’un et l’autre forcés de revoir leurs ambitions à la baisse face aux limites tracées par le chef de l’Etat.

Sévérité

Des revendications nationalistes, peu ont survécu à la visite sur place du Président. Avec une sévérité remarquée, celui-ci avait multiplié les fins de non-recevoir, notamment sur la coofficialité de la langue corse ou la création d’un «statut de résident» conditionnant l’achat d’un bien immobilier. Lâchant du lest sur la question constitutionnelle, Emmanuel Macron l’avait cependant jugée secondaire :«Penser que la mère des batailles est de négocier de nouvelles évolutions institutionnelles, avant d’avoir exercé les responsabilités qu’on a [déjà], je ne saurais vous y encourager», avait-il cinglé à Bastia.

Les intentions exactes de l’exécutif restaient imprécises en fin de semaine dernière. Selon nos informations, les nationalistes pouvaient espérer être entendus sur deux points : la création d’un article spécifique à la Corse et une habilitation pour la collectivité à intervenir, de manière pérenne dans des domaines relevant normalement de la loi. Où précisément l’île sera-t-elle mentionnée ? Il pourrait s’agir d’un nouvel appendice à l’article 72, qui en compte déjà quatre. Dans sa forme actuelle, cet article fixe le régime général des collectivités métropolitaines, alors que les articles 73 et 74, plus libéraux, concernent en grande partie l’outre-mer.

La question est toutefois passée au second plan pour les Corses : «Ce qui compte, c’est le contenu, pas le numéro», estime Gilles Simeoni auprès de Libération. Quant aux habilitations, quels domaines concerneront-elles ? La collectivité corse gagnera-t-elle une forme d’autonomie en matière fiscale, comme le souhaitent ses dirigeants ? «On a posé la question, sans avoir de réponse», regrette le député nationaliste Jean-Félix Acquaviva, qui juge que «deux tendances entourent le Président : les pragmatiques et les faucons, hostiles à toute concession au peuple « préféticide »». Même circonspection chez Jean-Guy Talamoni : «L’exécutif nous parle d’habilitations « larges et pérennes », nous aurions préféré entendre « générales et permanentes ».»

Sacrifice

Prenant les devants, Gilles Simeoni a soumis jeudi à l’Assemblée de Corse sa propre proposition d’article. «Pour ne pas être mis au pied du mur, avec un projet unilatéral du gouvernement», explique-t-il, soulignant les«importantes concessions» contenues dans ce texte. Celui-ci présente bien la Corse comme «dotée de l’autonomie» et réclame de nouveaux transferts de compétences. Mais il évite toute référence au «peuple corse» – un douloureux sacrifice pour les nationalistes, aussitôt compensé par le vote d’une résolution symbolique réaffirmant son existence. «Ce n’est pas la rédaction que [nous] aurions proposée si [nous] avions défendu seulement nos idées», a souligné Simeoni devant l’Assemblée de Corse. Espérant ainsi obtenir pour son projet «non seulement une large majorité mais, si c’est possible, l’unanimité» des élus corses. Las, la proposition n’a guère fait recette à droite. Elle a bien reçu le soutien du groupe LREM, dont le président, Jean-Charles Orsucci, ne cache pas ses convergences avec les nationalistes, au grand dam de Paris. Mais celui-ci a insisté pour faire figurer dans le texte ses points de désaccord avec la majorité. «Avec le parti du Président et un élu de droite, nous rassemblons 76 % de l’Assemblée, se félicite malgré tout Simeoni.On ne peut quand même pas nous demander d’atteindre les 100 % avant de nous écouter !»

«Surenchères»

Fort d’une large victoire aux dernières élections territoriales, l’ex-maire de Bastia veut démontrer que ses revendications dépassent les cercles nationalistes. Mais pour le patron de l’exécutif corse, il y a aussi urgence à convaincre que tous les dossiers ne sont pas délaissés au profit du débat institutionnel. Plusieurs syndicats ont récemment pointé les débuts poussifs de la collectivité unique, issue de la fusion des deux anciens départements corses. «Certains peuvent parier que nous allons être rattrapés par les soucis du quotidien, mais avec de nouvelles compétences, nous mettrions en place des politiques qui marchent», se défend Simeoni. Alors que la CGT a jugé que «les surenchères institutionnelles ne peuvent résoudre les questions économiques et sociales qui préoccupent les Corses, notamment le chômage, la précarité, le logement et la santé». Et appelé, comme le chef de l’Etat avant elle, à ce que «les compétences [déjà] transférées soient efficacement exercées dans l’intérêt général, ce qui est loin d’être le cas».

ParDominique Albertini

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