Avec l’Inde, le solaire se lève au Sud

Publié 11/03/2018 en Planète

Avec l’Inde, le solaire se lève au Sud
Un Indien installe des panneaux solaires, le 16 mai 2017, à l’est de New Delhi.

Récit

L’Alliance solaire internationale inaugurée dimanche par Emmanuel Macron illustre la volonté de New Delhi de nouer des coopérations entre pays émergents.

«Une once de pratique vaut mieux que des tonnes de discours.» C’est avec cette citation du Mahatma Gandhi que le président français Emmanuel Macron a symboliquement donné naissance à l’Alliance solaire internationale (ASI), dimanche à New Delhi, et incité le monde à investir dans cette énergie pour lutter contre le changement climatique. Cette structure intergouvernementale, créée lors de la conférence de Paris sur le climat de la COP21 en décembre 2015, est officiellement née le 6 décembre dernier après la ratification du 15e pays. Et elle a tenu son premier sommet dimanche dans la capitale indienne en présence de 22 chefs d’Etat et de gouvernement. C’est la première organisation internationale à siéger en Inde et cela représente une victoire symbolique importante pour le Premier ministre, Narendra Modi, qui essaie d’entraîner les pays du Sud dans la révolution solaire.

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Illogique retard

L’ASI a pour vocation d’accueillir les 121 pays qui se trouvent – au moins en partie – entre les tropiques du Cancer et du Capricorne, et de servir de plateforme pour la promotion, l’aide à la recherche et au financement de projets dans le photovolcaïque. Le principe est simple : de petits pays africains ou asiatiques ont du mal à trouver des fonds pour acquérir et développer de nouvelles technologies solaires, donc l’ASI veut rassembler des appels d’offres afin de faire baisser les prix et les aider dans l’innovation. Comme l’a rappelé Emmanuel Macron dans son discours, ces pays baignés de soleil souffrent d’un illogique retard dans le domaine, car «ils comptent près des trois quarts de la population mondiale mais seulement 23 % des capacités de production en énergie solaire».

Soixante pays ont déjà signé la convention enregistrée auprès de l’ONU et trente y ont pleinement adhéré en la ratifiant – tels que le Pérou, le Gabon, Madagascar ou l’Australie. Ce chiffre devrait rapidement augmenter maintenant que l’ASI est en fonctionnement.

L’objectif du sommet de dimanche était justement de donner forme et impulsion à une institution quasi unique en son genre et dont les contours demeuraient flous. Selon le directeur de l’ASI, Upendra Tripathy, une centaine de projets ont déjà été retenus : l’un d’entre eux devrait permettre de lever un appel d’offres commun de 500 000 pompes à eau solaires pour aider les agriculteurs à acquérir ce matériel d’irrigation qui coûte environ dix fois plus cher que les pompes au diesel, mais qui sont non polluantes et rentables à long terme. L’Inde aurait besoin de 100 000 d’entre elles, le Bangladesh de 50 000 et l’Ouganda de 30 000. Réaliser une commande groupée pour réduire le prix d’achat semble évident, mais pourrait s’avérer compliqué : «Les standards réglementaires ou les chaînes d’approvisionnement sont très différents d’un pays à un autre, donc une entreprise sera très réticente à répondre à un appel d’offres en faveur de différents pays d’Afrique ou de Papouasie-Nouvelle-Guinée», explique Vinay Rustagi, directeur de Bridge to India, une société de conseil en énergies renouvelables.

On s’attend donc surtout dans les premières années à des initiatives publiques et parapubliques (de fondations et associations), qui exploreront ces domaines encore trop risqués pour le privé. Les fonds de l’ASI viennent pour l’instant de l’Inde, qui a investi 22 millions d’euros pour son fonctionnement jusqu’en 2021 et de la France, qui met à disposition un milliard d’euros de prêt de l’Agence française de développement dans le solaire d’ici à 2022, dont 700 millions d’euros de nouveaux fonds annoncés dimanche. La Banque mondiale, elle, voit encore plus grand : elle a signé un accord de partenariat avec l’ASI pour l’aider à lever 800 milliards d’euros de prêts publics ou d’investissements privés d’ici à 2030. L’Alliance veut également créer un fonds de garantie de 240 milliards d’euros pour assurer les projets solaires ambitieux ou difficiles.

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Recherche

Mais l’ASI est surtout très attendue dans le domaine de la recherche : «La technologie utilisée aujourd’hui a été développée par et pour les pays occidentaux et les panneaux solaires sont optimisés pour des pays plus froids et où l’atmosphère est très propre, argumente Vinay Rustagi. Ils ne sont pas très performants en Inde, par exemple, où il fait très chaud et où l’atmosphère est polluée. L’alliance solaire doit donc jouer un rôle pour que la technologie solaire soit adaptée aux besoins des pays du Sud.» L’ASI va créer dans ce but un centre de ressources sur les applications et la recherche solaire auquel participera l’Institut national français sur la recherche solaire.

ParSébastien Farcis, Correspondant à New Delhi

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