Le son du jour #250 : Ackamoor & The Pyramids se reforment pour un album fantasmagorique

Publié 07/03/2018 en Musique

Le son du jour #250 : Ackamoor & The Pyramids se reforment pour un album fantasmagorique

Cosmic music

Le mythique combo free, jazz et funk reformé en 2011 revient au printemps avec un nouvel album enflammé, «An Angel Fell». Découvrez un premier extrait en exclusivité.

George Clinton ou les Headhunters d’Herbie Hancock exceptés, on trouvera difficilement figure plus représentative de l’afro-futurisme qu’Idris Ackamoor. Afro-futurisme ? Oui, car à l’inverse de ce qu’on a pu lire ici ou là à propos du blockbuster Marvel Black Panther, ce mouvement pluridisciplinaire – né quelque part au milieu des années 50 et nommé au début des années 90 par le critique américain Mark Dery pour agréger ensemble des éléments aussi disparates que les vaisseaux spatiaux en forme de pyramide, les coiffes de pharaon et les hommes-poissons – dépasse largement l’image d’Epinal consolante d’un royaume africain imaginaire régi par la liberté et la technologie de pointe. C’est une mythologie qui détourne le destin tragique de la diaspora africaine pour l’emmener dans l’espace, le futur, le passé lointain ou sous l’océan Atlantique. C’est d’ailleurs dans cet abîme que le duo pionnier de la techno américaine Drexciya projetait les vestiges de sa Black Atlantis pour oublier les navires négriers qui faisaient route à sa surface, au temps de la traite des esclaves.

Lien tenace et fantasmatique entre la communauté afro-américaine et l’Afrique ancestrale, où elle projette ses origines de mille manières formidablement délirantes. L’afro-futurisme, peu importe sa forme et son horizon, est surtout un vecteur fondamental d’émancipation culturelle depuis qu’Herman Poole Blount, jazzman féru d’ésotérisme et visionnaire intégral bien renommé Sun Ra, a déclaré qu’il n’était pas descendant d’esclave mais enfant des natifs de Saturne.

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Figure centrale du jazz libertaire des années 70, Idris Ackamoor (né Bruce Baker en 1951) forme The Pyramids à Paris, en 1972, avec Margo Simmons et Kwame Kimathi Asante, quelques années après ses débuts aux côtés de Cecil Taylor, et juste avant d’entamer une odyssée spirituelle à travers l’Afrique – notamment au Ghana, où il a le privilège de jouer avec les musiciens royaux de Tamale et «d’entreprendre une cérémonie médicinale dans le bush du Bolgatanga avec un guérisseur Fra Fra».

Extatique et futuriste

La musique jouée par The Pyramids, entre le retour d’Ackamoor aux Etats-Unis et la séparation du groupe en 1977 pour un concert mythique aux côtés d’Al Jarreau et Dexter Gordon, était extatique et futuriste à plus d’un titre. Solaire, comme celle de Phil Cohran ou Pharoah Sanders. Funky, comme celle de Fela. Furieuse, comme celle de l’Art Ensemble of Chicago. Ackamoor & The Pyramids faisaient beaucoup «plus» que du jazz militant. Un modèle de musique far out en liberté – si Idris Ackamoor avait été allemand, on aurait utilisé l’adjectif «kosmische» (cosmique, en français) sans hésiter. C’est à ce titre que cette musique est revenue en force chez les collectionneurs de rare groove, dont l’omniprésent Gilles Peterson, et a commencé à être rééditée au début des années 2010 par le label de musique électronique Disko B, jusqu’à précipiter une réformation inespérée en 2011 avec l’album Otherwordly (à traduire par un autre monde, ou éthéré).

An Angel Fell, qui sort en mai chez Strut Records et dont nous vous proposons de découvrir aujourd’hui un premier extrait, est le troisième album des Pyramids reformés, et donne à entendre une musique plus céleste, fantasmagorique et groovy que jamais. Ackamoor lui-même décrit le disque comme une «sonnette d’alarme» nourrie «au folklore, à la fantaisie et au théâtre» pour nous prévenir des catastrophes à venir, mais aussi pour nous en sauver. Autant dire alors qu’entre le succès public incroyable de Black Panther, le prochain Kamasi Washington (chut !) et ce retour de vétéran enflammé, l’année 2018 sera afro et futuriste comme jamais.

ParOlivier Lamm

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