Maria Inés Rodriguez en passe d’être débarquée du CAPC de Bordeaux ?

Publié 07/03/2018 en Arts

Maria Inés Rodriguez en passe d’être débarquée du CAPC de Bordeaux ?
María Inés Rodríguez, le 15 février à Bordeaux.

Culture

La directrice du musée d’art contemporain a été convoquée pour un entretien préalable à son licenciement, sur fond de changement de cap pour l’institution.

Il y a quelques semaines, Maria Inés Rodriguez, directrice du CAPC, musée d’art contemporain de Bordeaux, figurait dans ces pages au sein d’une série sur les femmes à la tête d’institutions culturelles dans le monde de l’art. La qualité de sa programmation, ses coproductions avec des institutions françaises et étrangères prestigieuses, le soutien sans faille des «amis du CAPC» et l’augmentation du mécénat sous son mandat semblaient de bonnes raisons de mettre son travail en lumière. C’est donc avec quelque stupeur qu’on apprend, dans le journal Sud Ouest daté du 7 mars, que Maria Inés Rodriguez a été convoquée par la mairie pour un entretien préalable à son licenciement. Un scénario que le quotidien jugeait «étonnant», en ce qu’il intervient au moment «paradoxal» où la directrice était «auréolée du succès national et international de la rétrospective Beatriz Gonzalez» (lire Libé des 16 et 17 décembre).

Le quotidien régional met en avant plusieurs raisons à ce départ forcé, à commencer par une ligne artistique jugée peut-être «trop exigeante»- à des expos plutôt grand public, type rétrospective Andrée Putman ou Alejandro Jodorowsky, se mêlaient ainsi des propositions plus ambitieuses, expo de la fougueuse féministe nord-américaine Judy Chicago ou du post-minimaliste allemand Franz Erhard Walther, lion d’or à Venise l’été passé. A cela s’ajouteraient des problèmes de management entre la directrice et ses équipes, suffisamment importants pour avoir nécessité des médiations et missions de coaching. La directrice, toutefois, avait été renouvelée à son poste l’an passé pour trois ans.

Maria Inés Rodriguez, qui a déclaré ne pouvoir s’exprimer en raison des négociations en cours, n’a pas souhaité répondre aux sollicitations de Libération. Fabien Robert, adjoint au maire chargé de la culture, nous a pour sa part dit qu’il ne souhaitait pas parler d’une procédure en cours et ne parlait «pas encore de départ», ajoutant : «Nous essayons d’aboutir dans le respect de tout le monde, car tout le monde sait que la ville a défendu le projet de Maria Inés Rodriguez, c’est une bonne commissaire d’expositions, mais ça n’empêche pas d’autres désaccords.» L’adjoint au maire déclare également  qu’il y a «un sujet CAPC», lié aux métamorphoses de la ville et aux nouveaux lieux culturels en train d’y voir le jour, qui avait conduit à vouloir «repenser le projet culturel» du CAPC, et que des discussions en ce sens étaient menées depuis plusieurs mois avec Maria Inés Rodriguez. «Cela fait des mois, devrais-je dire des années, que les gens nous questionnent sur le lieu, ajoute-t-il. Et cela fait des mois que je visite des lieux, je fais du sourcing, je fais du benchmarking, pour définir des orientationsIl assure qu’il ne sera pas question de renoncer à l’excellence inscrite dans les gènes du musée – «nous avons conscience de ce qu’est le CAPC, son équipe, son lieu, sa collection».

Sans doute faut-il rappeler que l’institution, qui a vu le jour avec un statut associatif en 1973 pour devenir un musée en 1984, a une histoire certes très riche, mais aussi très houleuse, et ce notamment en raison de son fonctionnement en régie municipale. La précédente directrice, Charlotte Laubard, la seule à avoir quitté le CAPC de son plein gré, nous confiait ainsi que ce fonctionnement était un «anachronisme terriblement contraignant», jugeant que le CAPC était «dans une situation très inconfortable en termes d’image et de soutien politique», la mairie n’ayant pas souhaité en faire « le vaisseau amiral d’un dynamisme local». Ayant par exemple plutôt fait le choix de privilégier la Cité du vin qui a ouvert ses portes récemment.

Un membre du cercle des amis du CAPC, s’exprimant sous condition d’anonymat, estime pour sa part que la mairie «se cherche sur l’avenir du CAPC. Il est tout à fait louable qu’elle se pose des questions sur ce qu’elle propose aux habitants de Bordeaux dans ses institutions, mais j’espère que ce sera pour aller toujours vers le mieux, et pas vers la facilité. Il y a cette tentation, du fait du succès extraordinaire de Bordeaux ces dernières années, et il ne faudrait pas oublier que c’est aussi la qualité haut de gamme, exigeante de la ville qui a fait son succès.» Et d’ajouter : «N’oubliez pas qu’il y a des élections municipales dans deux ans, et que c’est le moyen pour certains de se placer et de faire parler d’eux.» Un comité de pilotage présidé par Alain Juppé, où l’on trouvera «des noms de l’art contemporain, des représentants du service culture de la ville ainsi que les amis du CAPC», se chargera de réfléchir à l’avenir du CAPC, avant de procéder à l’éventuel recrutement d’un nouveau directeur ou d’une nouvelle directrice.

 

ParElisabeth Franck-Dumas

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