Alibi moral en Libye

Publié 06/03/2018 en Culture

Alibi moral en Libye
Image tirée de «l’Ordre des choses».

Critique

Dans «l’Ordre des choses», Andrea Segre suit les velléités humanitaires d’un policier italien auprès de réfugiés.

Avec l’Ordre des choses, on part d’une belle maison à Padoue (Italie), où pelouses et cheveux sont joliment tondus et arrosés, en Libye, dans un centre de réfugiés, où un garde précise : «Vous n’aimez pas l’odeur ? C’est l’Afrique, vous savez.» Le long métrage de l’Italien Andrea Segre nous présente un homme, agent des forces internationales envoyé en Libye pour gérer l’afflux de réfugiés en provenance d’Afrique subsaharienne. Celui-ci devient témoin des traitements violents qui nécrosent un centre d’«accueil» et tente d’affermir les alliances politiques et aides financières avec les autorités en place (en partie corrompues) afin d’améliorer les conditions de vie et faciliter les demandes d’asile. Il se penche alors plus précisément sur le cas d’une captive somalienne – tout cela ayant bien sûr un prix, politique, financier, moral.

Pourtant nourri d’expériences documentaires sur le sujet (Come un uomo sulla terra et Mare chiuso), Andrea Segre nous fait suivre les molles tergiversations philanthropiques de cette bonne âme bien habillée. Conventionnels et didactiques, l’Ordre des choses comme celui des séquences, taillées d’un scalpel froid, se plantent là au garde à vous pour (r)éveiller les consciences, à coups de remises en question ampoulées sur le bien et le mal («Papa, as-tu déjà tué quelqu’un ?»), l’implication individuelle, le juste… Le flic hésite sans grande conviction entre altruisme et intérêt personnel, au bord de l’inertie dans des scènes à rallonge où il ne fait que moudre son grain docilement, entouré par les politicards intéressés et les hiérarchies armées. Il cherche un peu à sauver la Somalienne, un peu à écouter sa famille, un peu à régler les deals – en somme, il ne semble jamais décider de grand-chose, allant à l’aveuglette sans ordre ni désordre.

ParJérémy Piette

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