Un fils au centre de la tension

Publié 06/03/2018 en Cinéma

Un fils au centre de la tension
Manuel (Andrea Lattanzi).

Critique

Dans «Il Figlio Manuel», Dario Albertini suit avec tendresse la réinsertion accélérée d’un jeune adulte sorti de foyer qui tente de faire libérer sa mère.

Manuel vient d’avoir 18 ans. Lorsque la caméra le cueille, il réside dans un «centre éducatif», soit une sorte de foyer pour jeunes gens aux vies déjà mal parties, que ce soit du fait de leurs propres agissements ou de ceux de leurs parents. Bientôt, il va pouvoir sortir, et retrouver sa mère, perspective qui semble à la fois soulever en lui une appréhension totale et constituer son seul horizon possible. A partir de cet envol hors de sa cage en direction d’une autre (on apprendra que la mère est incarcérée), le film chemine avec lui à travers les stations de sa réintégration à la vie du dehors : de sa capacité à y donner le change dépend l’éventuelle libération conditionnelle de maman.

La belle idée de la première fiction réalisée par Dario Albertini – Romain de 44 ans, passé par la photo et le documentaire – tient dans sa façon de renverser la logique de garde : c’est le fils, tombé du nid avant l’heure, à qui il revient de se faire le garant et gardien de la mère – avant de réaliser enfin que d’autres voies s’offrent à lui, mais qu’il lui faut d’abord apprendre à vivre.

Non sans se laisser aguicher par quelques portes ouvertes ou se complaire parfois dans des accès de théâtralité un rien poseurs, le film navigue ainsi avec un trait au réalisme acéré entre les codes du récit d’initiation, égrenant fausses pistes et figures toutes tendrement croquées, semées sur la route de son héros pour mieux les lui faire contourner : une charmeuse apprentie comédienne qui répète un monologue de Delphine Seyrig dans Baisers volés, un danseur mutique de bidonvilles, un ami d’enfance parti faire des affaires louches en Croatie en quête du faste jouisseur d’une Italie censément perdue… S’y révèle aussi l’acteur débutant qui campe Manuel, Andrea Lattanzi, jolie découverte à la présence de fiévreux languide.

ParJulien Gester

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