En Irak, la contestation sociale s’amplifie

Publié 18/07/2018 en Planète

En Irak, la contestation sociale s’amplifie
Rassemblement à Bagdad, lundi.

Proche-Orient

Les manifestations contre la corruption et l’incurie des autorités se multiplient dans le sud du pays.

Les coups de bâton des policiers n’y changent rien. Les manifestations contre la corruption et le chômage se poursuivent et gagnent en ampleur en Irak. Entamé le 8 juillet à Bassorah, province pétrolière du sud, le mouvement s’est propagé dans la région jusqu’à Najaf, Misan, Kerbala, Dhi Qar et Muthanna. Samedi, alors que des manifestations étaient prévues à Bagdad, Internet a été coupé. Le gouvernement irakien a assuré qu’il s’agissait d’opérations de maintenance, avant que le service ne soit rétabli. Au moins huit personnes ont été tuées et des centaines d’autres blessées en une semaine.

Pénurie d’électricité

Les protestataires, soutenus par la plus haute autorité chiite d’Irak, l’ayatollah Ali al-Sistani, ne se contentent pas de manifester. Ils ont également attaqué des sièges de partis politiques, des bureaux de milices chiites et des bâtiments du gouvernement. A Bassorah, ils ont tenté de bloquer des installations pétrolières. A Nadjaf, ils ont investi l’aéroport international. Ils réclament une meilleure redistribution des ressources pétrolières du pays, deuxième producteur de l’Opep. Le pétrole représente 89% des ressources du budget irakien, et 99% des exportations, mais seulement 1% des emplois, les compagnies préférant embaucher des travailleurs étrangers. Environ 20% des jeunes Irakiens sont au chômage.

La colère des habitants du Sud tient aussi à la pénurie d’électricité alors qu’il fait près de 50°C. L’eau, quand elle n’est pas coupée, est chargée de boue et de sel. La région, pauvre et délaissée par le pouvoir central, est frappée par une sécheresse record qui appauvrit encore les agriculteurs.

Toujours pas de gouvernement nommé

Face à la contestation, le Premier ministre Haider al-Abadi s’est rendu vendredi à Bassorah avant d’annoncer une aide de trois milliards de dollars pour la province et des investissements dans l’habitat, les écoles et les services. Dimanche, il a changé de ton. «Profiter des manifestations pour brûler des bâtiments publics, couper des routes, enflammer des pneus et attaquer les forces de sécurité est une tentative de faire reculer le pays», a-t-il déclaré, estimant que des «éléments du crime organisé étaient prêts à susciter le chaos». Il a toutefois ordonné aux services de sécurité «de ne pas faire usage de balles réelles sur des manifestants non armés».

La contestation sociale était passée au second plan depuis 2014 et l’irruption de l’Etat islamique qui s’était emparé d’un tiers du pays. Depuis la reprise de Mossoul l’été dernier, l’organisation est repassée dans la clandestinité. Elle ne contrôle plus de territoire mais commet toujours assassinats et attentats. Le 12 mai, les élections législatives avaient été marquées par une abstention massive et des accusations de fraude. Le nouveau gouvernement que Al-Abadi espère diriger n’a toujours pas été nommé, un recomptage des voix ayant été ordonné.

A lire aussiEn Irak, la victoire du nationaliste chiite Moqtada al-Sadr agace l’Iran

ParLuc Mathieu

Print article

Laisser un commentaire

Please complete required fields