Bayrou en fait des tonnes sur sa fidélité à Macron

Publié 23/09/2018 en Politique

Bayrou en fait des tonnes sur sa fidélité à Macron
François Bayrou et Christophe Castaner lors de l’Université de Rentrée du Modem, ce dimanche à Guidel.

Diplomatie

Les députés du Modem n’ont jamais caché leur agacement face au peu de considération que leur portaient leurs collègues d’En Marche. En dépit de ces doutes, le patron de leur parti a réaffirmé sa loyauté à Emmanuel Macron lors de leur université de rentrée ce week-end en Bretagne.

Pile au moment où François Bayrou entamait, dimanche en fin de matinée, le discours de clôture de la traditionnelle université de rentré du Modem, une timide éclaircie dissipait les embruns battant la plage de Guidel (Morbihan). «C’est un signe. Un reste de la culture démocrate-chrétienne de certains d’entre nous. Nous avons dû être entendus», plaisante un élu breton. Une légère embellie météo à l’image des relations entre LREM et le parti centriste dirigé par le maire de Pau qui n’a cessé de réaffirmer tout au long de ce week-end sa loyauté vis-à-vis de la majorité sortie des urnes au printemps 2017, mais aussi sa liberté de parole, l’indépendance du Modem au sein de ce gouvernement.

«Renaissance française»

Pour les critiques et les remarques sur la ligne politique du locataire de l’Elysée, ceux qui doutent au sein du Modem devront attendre. Pour la loyauté, le compte y était. Le leader centriste, qui se veut un partenaire indéfectible de ce nouveau gouvernement, en a remis plusieurs louches. En Macron, «ce jeune président audacieux», il a salué «l’ultime recours, celui de la renaissance française comme un appel à la vie contre la résignation».

Oubliées les critiques sur le manque de visibilité sociale de l’action du chef de l’Etat, constantes de la part du Modem depuis décembre dernier. Pour lui, en cette rentrée, «il y a eu deux grandes orientations qui sont très importantes […], des signaux essentiels pour nous, le plan de lutte contre la pauvreté et le plan santé. Quelque chose s’est passé avec l’annonce de ces deux plans qui ont été bien accueillis par l’ensemble des acteurs de ce secteur. Il est juste et important que nous nous inscrivions dans le soutien de cette action», a poursuivi le triple candidat à l’élection présidentielle, persuadé cette fois d’avoir été entendu.

«Marre d’être des godillots»

Il faut dire qu’entre-temps, il avait poussé un coup de gueule contre le manque de considération dont faisaient preuve les députés LREM à l’égard de leurs collègues Modem, tenus totalement à l’écart des discussions pour la présidence du perchoir. Le score réalisé par Marc Fesneau à l’élection de la présidence de l’Assemblée nationale a résonné comme un petit coup de semonce pour les marcheurs. Le président du groupe Modem a doublé le score de son groupe politique, passant de 46 députés à 86 voix avec l’apport de nombreuses voix de députés LREM «qui en ont marre d’être considérés comme des godillots», explique-t-il. Le député du Loir-et-Cher a d’ailleurs été salué par une très longue standing-ovation des 800 militants présents tout au long de ces trois journées.

Un manque de considération bien volontiers reconnu par Christophe Castaner, le ministre des Relations avec le Parlement qui a fait le déplacement à Guidel. «Est-ce que tout a été parfait entre nous ? J’avais dénoncé notre arrogance. Nous aurions dû travailler plus ensemble. Aujourd’hui la première phase du quinquennat mérite une amélioration. Nous devons peser ensemble sur les choix de l’exécutif», a constaté le patron du parti qui a appelé «à mener collectivement la bataille des européennes et à renforcer notre dynamique autour de larges rassemblements pour les élections municipales».

«L’Elysée est un lieu clos, trop clos»

Malgré cette unité affichée et ce soutien sans faille réaffirmé par le Modem au locataire de l’Elysée, d’où vient le dévissage de Macron dans les sondages ? François Bayrou a sa réponse toute faite en poche. «Les sondages d’opinion nous montrent une morosité qui s’apparente à celle des temps précédents. Les Français ont besoin pas seulement de l’énoncé des réformes séquentielles mais d’avoir la vision d’un plan d’ensemble. Ils ne veulent pas savoir seulement les pas qui sont faits mais savoir où l’on va», constate le patron du Modem. Il exhorte le chef de l’Etat de livrer au pays sa «vision de la France». «C’est sa charge principale de faire que les citoyens suivent le développement de sa pensée et de son action», ajoute le bref ministre de la Justice convaincu en son for intérieur que cette «vista», lui, aurait su la livrer au pays.

François Bayrou ne manque pas de dispenser ses conseils d’homme d’expérience. «Tous les pouvoirs, de tous les temps, et singulièrement les pouvoirs exécutifs, et plus particulièrement tous les présidents se sentent assiégés à l’Elysée. Cette impression est mauvaise conseillère. L’Elysée est un lieu clos, trop clos. Eh bien il y a un remède tout simple, il suffit d’en sortir.» Ce lieu clos, François Bayrou regrette sans doute de n’avoir jamais pu y entrer mais cultive son intime conviction que, lui au moins, aurait su parler à la France. L’audace d’un jeune président ne compense pas pour le Béarnais le manque d’expérience et moins encore le sens charnel de la France. Mais Bayrou s’est contenté de le laisser entendre. Trop content d’être revenu en grâce.

ParChristophe Forcari, Envoyé spécial à Guidel (Morbihan), photo Fabric Picard

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