Bayonne : Alternatiba ou l’écologie de tous les jours

Publié 07/10/2018 en Planète

Bayonne : Alternatiba ou l’écologie de tous les jours
Lors de l’arrivée du tour de France des alternatives écolo­giques dans le cadre d’Alternatiba, samedi à Bayonne.

Reportage

Créé en 2013 au Pays basque, le festival a rassemblé 15 000 personnes ce week-end. Ses fondateurs misent sur la responsabilisation de chacun et offrent des solutions quotidiennes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Dans les rues du Vieux-Bayonne, les affiches «Changeons le système, pas le climat» et celles de tout ce que la région compte d’associations écologiques ont fleuri tout le week-end sur les façades. Près de 15 000 personnes y ont conflué pour le festival Alternatiba.

A la veille de la publication du rapport du Giec (lire pages 2-3), on rassemble ici les solutions citoyennes pour le climat. Sur les deux jours du festival, une cinquantaine de conférences qui font salle comble, l’arrivée du tour de France des alternatives écologiques et surtout un village où une centaine d’associations rassemblées par thèmes (transports, réemploi, agriculture…) proposent des idées pour la vie quotidienne. Des initiatives essentielles, puisque 50 % à 70 % des solutions pour le climat se jouent à l’échelle locale selon les organisateurs qui citent les experts du Giec. Membre fondatrice de l’association Résonance Paille, Nathalie Samson vante, elle, les mérites de la paille dans la construction : «Le matériau est abondant, c’est un résidu, donc pas besoin d’énergie supplémentaire pour le produire. Et il isole extrêmement bien. C’est une solution qui commence à intéresser les bailleurs sociaux, les collectivités.»

Machine

Un peu plus loin, des stands «zéro déchet» attirent l’attention sur toutes les petites pollutions du quotidien, des bouteilles d’eau aux cotons démaquillants, et proposent de les éviter grâce au vrac (pas d’emballage) et l’autofabrication. Le festival lui-même est une société écologique miniature. On oublie les gobelets en plastique à usage unique, remplacés par des «écocups», on mange des produits locaux et bio et on fait la queue aux toilettes sèches où une affiche rappelle que 20 % de notre consommation d’eau quotidienne part avec la chasse. Des «brigades vertes» récoltent les mégots pour éviter la pollution de l’eau – un seul peut polluer jusqu’à 250 litres. Les affiches, comme les discours, sont traduites en basque, manière de rappeler qu’une société écologique s’ancre dans son territoire.

Devant le local de l’association Bizi, à l’origine d’Alternatiba, une vingtaine de vélos entassés et des bénévoles qui ne cessent d’entrer et de sortir. Ils sont plus d’un millier à faire tourner la machine du festival, venus du Pays basque alentour, mais aussi de plus loin. Parmi eux Antoinette, infirmière à Besançon (Doubs), donne un coup de main dans les cuisines. Elle s’est décidée à venir après le passage du tour Alternatiba dans sa ville. «Humainement, c’est fort d’être là, de se rappeler qu’on n’est pas seul à lutter. Et on apprend beaucoup, chacun a ses petits trucs pour le climat, ici on peut les échanger.»

Pour transformer l’événement temporaire en changements pérennes, les visiteurs reçoivent une liste de sept défis d’engagements – de l’autocollant «stop pub» à la souscription à un fournisseur d’électricité renouvelable – en guise de feuille de route pour agir. «Quand on se lance dans une action concrète, le pas suivant est plus facile. Commencer le compostage peut mener au jardinage, puis à une réflexion sur l’alimentation et la souscription à une Amap [association pour le maintien d’une agriculture paysanne, ndlr]», explique Txomin, militant en charge du dossier. C’est cet effet d’entraînement que vise Alternatiba, à l’échelle individuelle comme à celle des territoires. Et si le pari est encore loin d’être gagné, il progresse. Depuis le premier village des alternatives à Bayonne en 2013, 175 événements calqués sur ce modèle ont vu le jour. Dans le coin «Alternatives territoriales», on essaie de faire passer les convaincus à l’étape d’après : faire pression sur les collectivités locales pour les inciter à miser sur les énergies renouvelables ou limiter l’étalement urbain pour protéger les terres agricoles.

«Sobriété»

Les enjeux socio-économiques de cette transition sont dans toutes les têtes. Sur les stands, on montre qu’une vie plus respectueuse de l’environnement n’est pas forcément plus coûteuse ni réservée aux bobos. L’eurodéputé écolo Yannick Jadot, croisé aux conférences du samedi, poursuit la démonstration : «Justices sociale et climatique sont indissociablement liées. Les premiers qui trinquent sont les plus modestes. Mais il existe des solutions. A Dunkerque par exemple, les transports en commun sont maintenant gratuits, les parkings se vident.»

«C’est une bataille culturelle aussi, pour valoriser la sobriété conviviale face au consumérisme capitaliste», rappelle le cofondateur d’Alternatiba, Txetx Etcheverry. Pour ça, organisateurs et participants comptent sur une ambiance optimiste, dans des discours axés sur les solutions, avec conférences gesticulées (spectacles politiques militants) et concerts engagés. «On veut que les gens partent avec la patate en se disant : « C’est ça la société que je veux », ajoute-t-il. Et là, on aura une chance de gagner.»

ParNelly Didelot, Envoyée spéciale à Bayonne

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