Vik Muniz vers l’abstraction

Published 12/10/2018 in Arts

Vik Muniz vers l’abstraction
«Messed Up Colored Chart» (2018).

Photo

Virage du Brésilien, qui multiplie les techniques dans une série colorée qui tend joyeusement vers le cubisme.

Exit les paysages façon cartes postales géantes composées de milliers de déchirures de journaux ou les portraits à base de chocolat, caviar, ketchup ou diamants. A la galerie Xippas, Vik Muniz ouvre un nouveau chapitre. Voici des compositions abstraites, de format raisonnable : à l’intérieur de cadres blancs, cercles, sinusoïdes, rectangles, carrés, triangles s’entrechoquent et se superposent dans un joyeux carnaval de couleurs. La série «Handmade» porte bien son nom : laser, cutter et ciseaux semblent avoir découpé des papiers peints à la main, évidé des formes, collé des morceaux, amoncelé des matières, tendu des cordelettes. A moins que tout cela ne soit une illusion, comme toujours avec l’artiste brésilien habitué à nous faire prendre de la confiture de fraises pour le visage de Mona Lisa. Car en s’approchant des tirages, dans un entrelacs de matières, il paraît difficile de distinguer fils et photos de fils, ombres réelles et photos d’ombres… L’œil voyage ainsi entre le réel et sa représentation. «Il faut toujours se méfier de ce que l’on regarde. J’aime mettre le regard en doute, dans une position de faiblesse, dans une situation ambiguë. Créer un poison et son antidote», déclare Vik Muniz.

Cette nouvelle direction est venue un soir, après un dîner trop arrosé, nous raconte-t-il. Un peu saoul, il se met à dessiner sur une de ses photos d’arbre. «Tout d’un coup, je venais de bousiller mon tirage. J’avais fait un sandwich de représentations». C’est alors qu’il renoue avec son travail des premières années, plus versé dans la sculpture et la fabrication d’objets que la photographie. Pour cette série, Muniz explore physiquement les couches et les dimensions de l’image en quittant la planéité du cibachrome, utilisé à partir de la fin des années 90. «Handmade» évoque les images de la nouvelle génération qui navigue allègrement dans Photoshop. «Nous sommes les témoins d’un virage radical. Avant, Photoshop était juste un outil pour retoucher les images. Aujourd’hui, c’est un geste en soi.» Certains jeunes photographes reconnus ont été ses élèves, comme Lucas Blalock ou Daniel Gordon. «J’ai toujours trouvé que la photographie était le meilleur outil possible car elle est dans deux mondes, le tangible et l’intellectuel. La nouvelle génération n’a plus de barrière, elle a plus de liberté que moi. Moi, j’achète encore des journaux et je jette mes Kindle.» Dans une composition, il y a la photo d’un morceau de journal. Et parfois des vrais papiers froissés. Il est important pour Muniz qu’il reste des vestiges manuels.

ParClémentine Mercier

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