«Hellboy», flemme de l’enfer

Published 07/05/2019 in Cinéma

«Hellboy», flemme de l’enfer
Hellboy, phacochère géant.

Critique

Insipide et sans relief, le reboot du héros BD de Mike Mignola par Neil Marshall cumule inanité du scénario et omniprésence des images de synthèse.

Le Hellboy de Mike Mignola constitue l’une des plus grandes réalisations de la BD américaine des années 90. Une œuvre de pures formes dans laquelle Mignola prolongeait le travail de sculpture des ombres entamé quelques années plus tôt par Frank Miller. Empruntant aux histoires de détective façon pulp comme aux folklores fantastiques traditionnels, la cosmogonie de Hellboy valait surtout pour son côté atmosphérique, sa mise au service du dessin. Aux manettes des deux précédentes adaptations, Guillermo del Toro réussissait le tour de force de tirer du vrai cinéma de cette créature de papier parce qu’il trouvait là un espace pour exprimer son amour, répété de film en film, pour la figure mélancolique du monstre. Et parce qu’il injectait dans chaque plan son propre univers graphique, pot-pourri fantastico-baroque piochant chez Odilon Redon comme chez Miyazaki.

Brume

Dix ans ont passé, le cinéaste mexicain s’est frotté à d’autres franchises et c’est au Britannique Neil Marshall, repéré pour le spéléo-claustro The Descent, que revient la charge de rebooter le démon rouge avec un casting totalement renouvelé (le rôle-titre échouant à David Harbour, le flic de Stranger Things). Retour au réel. Mike Mignola a beau crier sur les toits qu’il a été davantage impliqué dans ce film que dans les deux précédents, le manque de gourmandise plastique de ce Hellboy 2019 est patent.

Aux cadres foisonnants de Del Toro succèdent des plans baignés perpétuellement dans des fonds noirs ou des nappes de brume en images de synthèse. Faute d’inventivité graphique, ce Hellboy s’arrête donc à son histoire : celle d’un démon qui se lime les cornes pour renier sa nature infernale, (re)découvre ses origines et tabasse des monstres pour s’assurer qu’il est du bon côté dans le combat du bien contre le mal. Pour combler les vides de son freak show numérique, Neil Marshall empile les scènes gore, les flash-back et les créatures – luchador vampire, phacochère géant, trolls, Baba Yaga… – sans s’y attacher.

Nanars

Le monstre le plus insignifiant de tous revient à Milla Jovovich, dont le rôle de reine méphistophélique constitue probablement le nouveau sommet d’inanité d’une carrière pourtant riche en nanars. Le vide abyssal de ce personnage vu mille fois dit beaucoup sur la nature d’un film qui, s’il se retrouvait dépouillé de ce vernis super-héroïque si unanimement populaire, serait assurément réservé au marché du «direct to DVD».

ParMarius Chapuis

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