Le cheval d’Angoulême, «dernière œuvre figurative du Paléolithique»

Published 07/06/2019 in Sciences

Le cheval d’Angoulême, «dernière œuvre figurative du Paléolithique»
Le cheval d’Angoûlême, dernière oeuvre figurative du Paléolithique. Le bloc de grès comporte le dessin d’un cheval et de quatre autres herbivores.

Préhistoire

Un galet de grès a été trouvé lors de fouilles préventives, orné de dessins d’herbivores dont un magnifique cheval avec pelage et perspective. Agé de 12 000 ans, il est récent et témoigne de la transition entre art figuratif et premiers motifs géométriques.

Pour un cheval, c’est un beau cheval. «La croupe et l’ensellure suivent les courbes du bord naturel de la pierre. De très fines incisions suggèrent peut-être le pelage. Pattes et sabots sont très réalistes, avec jarret, genou, boulet et peut-être fanon de l’ergot pour un des antérieurs. Les jambes du second plan sont avancées dans la position de l’amble et détachées du corps de l’animal pour figurer la perspective.» Ce dessin d’un réalisme saisissant a été gravé dans la pierre par un artiste à la main assurée, c’est certain.

Mais ce qui le rend tout à fait exceptionnel est son âge : il n’a ni 30 000 ans comme les dessins de la grotte de Chauvet, ni 20 000 ans (on arrondit) comme les œuvres de Lascaux, puisqu’il fut gravé dans la pierre il y a 12 000 ans (la date reste à confirmer). Donc à une époque bien plus récente, où, croyait-on jusqu’à aujourd’hui, on ne jurait plus que par l’art abstrait et les motifs géométriques. Ce cheval est «la dernière œuvre figurative du Paléolithique», «juste avant l’apparition de nouveaux codes graphiques imposés par une nouvelle culture», résume l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), à qui on doit cette découverte. Accompagné de quatre autres herbivores, le cheval est d’ailleurs accompagné d’un «décor de motifs géométriques» sous la forme d’incisions parallèles.

Le bloc de grès où sont gravés cinq herbivores, après nettoyage. (Photo Denis Gliksman. Inrap)

Les herbivores ornent un galet de grès, long de 23 centimètres sur 18, qui a été trouvé fin novembre, à trois jours de la fin d’une fouille derrière la gare d’Angoulême. Le galet était tout sale et a failli passer inaperçu, raconte le Monde. Mais l’archéologue Miguel Biard remarque des «enlèvements anthropiques» – des morceaux de grès retirés intentionnellement par un geste humain –, et demande à laver le galet pour l’examiner de plus près. Bingo ! On y reconnaît rapidement des traits, gravés plusieurs fois pour qu’ils soient plus profonds. A l’époque, les traits étaient sans doute blancs. Le galet «est un joli support pour y mettre des œuvres : on peut imaginer que, quand on entamait sa surface gris clair avec une pointe de silex, on enlevait la patine superficielle et on faisait ressortir un trait bien blanc. À l’époque, la lecture des gravures était immédiate», comment l’historienne de l’art Valérie Feruglio.

Vue rapprochée des gravures. (Photo Denis Gliksman. Inrap)

L’Inrap fouille ce site depuis plusieurs mois avant la construction prochaine d’un centre d’affaire. Le lieu recèle de preuves qu’il fut occupé par des humains il y a 8 000 à 12 000 ans : d’après les centaines de pointes de flèches, les grattoirs pour retirer la viande des carcasses et autres outils, c’était un site de chasse.

La transition de l’art figuratif aux formes symboliques ne semble pas s’être faite brutalement, mais très progressivement. L’art de cette époque, dit azilien, «est souvent considéré comme une rupture, l’abandon du figuratif au profit de l’abstraction, explique l’Inrap. Tout récemment, le site azilien ancien (vers 14 000 ans) du rocher de l’Impératrice (Plougastel-Daoulas) avait déjà révélé une étonnante continuité iconographique avec les périodes antérieures. Contre toute attente, l’œuvre aux cinq herbivores d’Angoulême constitue désormais le témoignage unique de cet art naturaliste à une période encore plus tardive, l’Azilien récent (12 000 ans).»

ParCamille Gévaudan

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