Coupe du monde: Redemption song pour les Reggae Girlz

Published 09/06/2019 in Sports

Coupe du monde: Redemption song pour les Reggae Girlz
Khadija Shaw (à gauche), la perle de l’équipe jamaïcaine lors d’un match amical contre le Panama le 19 mai.

Récit

Les Jamaïcaines disputeront, dimanche à 15 h, leur premier match de Coupe du monde face au Brésil. La fille de Bob Marley les a pris sous son aile.

Les livres d’histoire ne se souviendront certainement pas que la Jamaïque a décroché sa première qualification pour une Coupe du monde féminine dans un stade de 20-000 places presque vide. Mais, quand bien même la page dédiée à l’exploit des Reggae Girlz, aura jauni, on pourra toujours y lire que ce sont deux arrêts de Nicole McClure, la gardienne, qui ont permis à la petite île des Caraïbes d’écarter le Panama (2-2, 4-2 tab) et de basculer dans une joie intense. Les annales ne manqueront pas non plus de recracher les louanges du sélectionneur, Hue Menzies, après la rencontre. Pour l’ancien professeur de mathématiques, arrivé au chevet de la sélection en 2015, ses joueuses sont en train de «changer les mentalités» au pays du sprint.

«Avant notre qualification pour la Coupe du monde, les Jamaïcains n’avaient pas d’espoir dans le football féminin, précise Marlo Sweatman, la milieu défensive de l’équipe. Notre parcours va permettre aux jeunes filles de se mettre plus facilement à pratiquer ce sport.» En France, les insulaires deviendront les premières Caribéennes à disputer une Coupe du monde. La Jamaïque aura également la particularité d’être la seule équipe de la compétition à ne pas figurer parmi les 50 meilleures nations du classement Fifa (53e).

Épaulées par la fille de BobMarley

De quoi créer un engouement réel dans la petite monarchie constitutionnelle où un média local a récupéré les droits de la compétition et retransmettra les matchs à la radio et à la télévision. «Les Reggae Girlz ont attiré beaucoup d’attention sur le football féminin en Jamaïque», analyse la journaliste Karen Madden, qui suit leur parcours pour le groupe RJR Gleaner. De l’intérieur, Marlo Sweatman trouve que «l’effervescence autour de l’équipe est montée d’un cran depuis la qualification. On a l’impression d’être l’équipe de bobsleigh dans Rasta Rockett.»

Comme dans le film de Walt Disney, rien ne prédestinait l’équipe jamaïcaine à disputer un jour la compétition la plus prestigieuse de sa discipline. En 2008, le onze manque cruellement de soutien financier et doit cesser son activité. Les choses ne s’arrangent pas, en 2010, quand la fédération jamaïcaine prend la décision de couper les vivres des féminines afin de privilégier la section masculine. Touchée par les difficultés des Reggae Girlz, la fille de Bob Marley – lui-même amateur de foot-, Cedella, décide de prendre l’équipe sous son aile. «Cedella Marley est très connue en Jamaïque, son soutien a été bénéfique pour l’image de la sélection», raconte Marlo Sweatman. À partir de 2014, la progéniture de l’icône du reggae se met en quatre pour récolter des fonds et attirer des sponsors. La nouvelle ambassadrice de l’équipe enregistre même avec ses frères Strike Hard, une chanson à la gloire des footballeuses de l’île.

Cedella Marley (casquette noire) avec les Reggae Girlz, le 19 mai 2019 à Kingston. (Photo Angela Weiss. AFP) 

«Comme une famille»

Malgré ce soutien, les moyens accordés aux Girlz restent limités. Après avoir manqué la qualification pour la Coupe du Monde 2015, la sélection s’attache les services d’Hue Menzies (photo AFP). Le nouveau sélectionneur est recruté pour faire performer l’équipe en match, mais on lui demande aussi d’aider les joueuses dans leur vie extra-sportive. Une mission particulière qui prend tout son sens avec Khadija Shaw. Après avoir subi le décès de quatre de ses frères, dont trois dans la violence des gangs de Spanish Town, l’attaquante des Tennessee Volunteers se réfugie dans le football devenant, au fil des saisons, la perle du onze insulaire. Une belle réussite pour Hue Menzies, qui, malgré son poste de sélectionneur continue de donner des entraînements à l’académie floridienne Kraze Krush. Des relations aux États-Unis qui lui permettent de placer les jeunes Jamaïcaines dans des universités renommées, où elles parfont leur football et poursuivent leurs études.

«Dans notre groupe de joueuses nous ne sommes qu’une dizaine à être professionnelles, souligne Marlo Sweatman qui joue pour le club hongrois du Szent Mihály. Les autres évoluent dans des universités américaines. Jody Brown est même encore au lycée.» À tout juste 17 ans, cette dernière a marqué quatre fois pendant le tournoi de qualification et sera une des principales gâchettes des Caribéennes en France. «Notre équipe est très athlétique. Les Jamaïcains sont rapides et on retrouve cette qualité chez les Reggae Girlz», analyse la journaliste Karen Madden.

Les protégées de Cedella Marley tenteront également de capitaliser sur les liens très forts que les joueuses ont tissés entre elles pendant la campagne de qualification. «Nous sommes comme une famille, nous avons surmonté pas mal d’épreuves ensemble ce qui nous a toutes rapprochées. Comme toutes les équipes des Caraïbes, nous n’avons pas beaucoup d’argent, on joue pour l’amour du football et c’est ce qui fait notre force», explique Marlon Sweatman qui rêve de sortir d’une poule où figure l’Italie, le Brésil et l’Australie. Un exploit que les Reggae Boyz n’avaient pas réussi à réaliser en France, il y a 21 ans, lors de ce qui reste à ce jour l’unique Coupe du monde de football disputée par la Jamaïque.

ParNicolas Grellier

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