Mort de David Berman, le fondateur de Silver Jews

Published 08/08/2019 in Musique

Mort de David Berman, le fondateur de Silver Jews

Disparition

Le musicien et poète du rock indé américain est mort mercredi à 52 ans. Il venait de revenir à la musique après dix ans d’absence.

La poésie lapidaire de David Berman dans les années 90 avec son projet Silver Jews l’avait hissé parmi ces beautiful losers du rock dont l’existence semblait toujours sur le fil. Mercredi son label Drag City a annoncé son décès à 52 ans, et sur Twitter, son ami Stephen Malkmus lui a rendu cet hommage : «La dépression est écrasante, il était des plus gentils. Les chansons qu’il écrivait étaient sa plus grande passion, particulièrement à la fin. Espérons que la mort procure la paix car il en avait besoin.»

Radicalisme lo-fi

Il était le seul membre permanent de Silver Jews, formation qu’il avait fondée avec ses amis d’université de Virginie, Bob Nastanovich et Stephen Malkmus, fameux slackers du groupe Pavement, avec lequel il avait déjà créé plus tôt le projet Ectoslavia. Il avait à lui seul conquis une estime de musicien culte, enregistrant de sa voix de barde éraillée de superbes chansons au radicalisme lo-fi qu’il revendiquait jouer en n’utilisant pas plus de trois accords. L’un de ses albums les plus denses fut Tanglewood Numbers, enregistré live après quatre ans d’absence et une tentative de suicide, avec quatorze musiciens de passage, dont le retour des membres de Pavement.

Humour noir

Surréalisme, humour noir et tendresse se serraient dans les textes cryptiques qu’il affectionnait écrire, et qu’il déversait avec la même ferveur dans le recueil de poésie Actual Air sorti en 1999, et un peu moins sérieusement en tant que dessinateur de BD très rudimentaire. Après qu’il se fut offert une disparition de dix ans en mettant fin à Silver Jews en 2009, on renouait avec lui le 12 juillet sur un très bel album sorti sous la nouvelle appellation Purple Mountains. Son écriture aux cordes pastorales, d’une grande dignité jusque dans l’apitoiement, y faisait de la place pour des membres du groupe Woods et pour la compagnie vocale de la chanteuse folk Anna St. Louis et de Haley Fohr de Circuit des Yeux.

Avec les singles All My Happiness Is Gone ou son dernier en date, Darkness and Cold, accompagné d’un clip désabusé mettant en scène un couple misérable, scotchant en fin de vidéo un refrain de pop sirupeuse qui assénait «I Feel Good», son moral paraissait toujours aussi raide. Enfin, sur Nights That Won’t Happen, il spéculait comme déjà souvent auparavant sur sa propre disparition : «All the suffering gets done by the ones we leave behind» («Toute la douleur est le fait de ceux qu’on laisse derrière soi»).

ParCharline Lecarpentier

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