Les chauve-souris, ces amies des vignerons

Published 23/09/2019 in https:2019/09/23/

Les chauve-souris, ces amies des vignerons
Mammifère des cimes.

Le Fil vert

Ces petits mammifères se délectent de papillons ravageurs de la vigne, d’où une multiplication d’initiatives favorisant leur installation près des vignobles.

Vignerons et chauves-souris font de plus en plus ami-ami. Puisque les chiroptères ne dévorent pas moins d’un tiers de leur poids en insectes (soit jusqu’à 3 000 insectes par mammifère chaque nuit), pourquoi ne pas favoriser leur installation près des vignes ? L’idée se répand, un peu partout en France.

Une étude menée en 2017 en Gironde sur 23 parcelles de vignes – par la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) Aquitaine, le bureau d’études en environnement Eliomys et l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) et financée par le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) – a prouvé «de façon formelle, et pour la première fois, la capacité des chauves-souris à se nourrir d’eudémis et de cochylis». Des papillons ravageurs de la vigne qui pondent dans le raisin, favorisant l’installation de pourriture, et «qui, en cas de pullulation, contraignent les viticulteurs à l’emploi d’insecticides».

«Collaboration»

L’étude a démontré que les chauves-souris sont nombreuses à fréquenter les vignobles (19 espèces y ont été trouvées, sur les 22 connues en Gironde), qu’elles mangent effectivement ces papillons (aussi appelés «vers de la grappe») en plus d’autres insectes comme les moustiques, et qu’elles augmentent leur activité de chasse en présence des ravageurs.

«Un bel exemple de collaboration possible entre acteurs de la filière viticole, de la recherche et du monde associatif, pour permettre à la biodiversité de jouer pleinement son rôle dans l’équilibre, la productivité et la résilience des agrosystèmes», se félicitent les auteurs de l’étude. Reste à estimer les effets de la prédation des ravageurs par les chauves-souris sur les dégâts infligés aux raisins et à évaluer si les chauves-souris mangent assez de ces vers de la grappe pour limiter l’utilisation de pesticides. «Il nous reste de nombreuses questions à élucider, admet Yohan Charbonnier, chargé de mission scientifique à la LPO. Nous avons mis en place cette année un dispositif expérimental pour nous permettre de tenter de répondre à la question de l’efficacité réelle de la prédation par les chauves-souris. Pour l’heure, nous en sommes à l’étape du dépouillement des données, avant de pouvoir les analyser statistiquement cet hiver». 

Nichoirs

En attendant, un peu partout en France, les vignerons font en sorte d’attirer les chauves-souris sur leurs vignes. C’est le cas en Gironde. Mais aussi dans le Cher, à Sury-en-Vaux, près de Sancerre, où les viticulteurs ont installé au printemps 150 nichoirs à chauve-souris. Dans le vignoble de Monbazillac, en Dordogne. Dans l’Hérault, où le département distribue des nichoirs aux vignerons et viticulteurs intéressés. Ou encore en Ardèche, où 24 espèces de chauve-souris sont présentes, sur la trentaine répertoriée en France.

En lien avec la LPO Rhône-Alpes, l’Union des vignerons ardéchois a lancé un programme visant à favoriser la présence des chiroptères aux abords des vignes. Parmi les mesures adoptées : bandes fleuries entre les rangs de vigne, maintien des haies et prairies naturelles pour développer les espaces de chasse et donc les ressources alimentaires, diminution des insecticides, formation et conseils aux vignerons, installation de gîtes à chauve-souris, mise en place d’enregistreurs d’ultrasons afin de déterminer quelles sont les espèces présentes et adapter les nichoirs à chacune… «S’il est évident que de nombreuses initiatives autour de ces questions fleurissent sur l’ensemble des territoires viticoles métropolitains, il n’a pas été fait, à ma connaissance, de recueil d’expérience à une échelle globale, observe Yohan Charbonnier. Nous réfléchissons à un moyen de mutualiser ces retours d’expérience».

Dans tous les cas, ces expériences aident sans doute les chiroptères, espèces protégées depuis 1976 mais dont la population a baissé de près de 40% en métropole entre 2006 et 2016, selon l’Observatoire national de la biodiversité. En cause, entre autres, l’urbanisation, la rénovation des bâtiments, l’usage des insecticides, la pollution lumineuse ou la multiplication des parcs éoliens. 

ParCoralie Schaub

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