Tariq Ramadan, un professeur richement rémunéré

Published 15/10/2019 in https:2019/10/15/

Tariq Ramadan, un professeur richement rémunéré
Tariq Ramadan lors du colloque annuel de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), le 6 février 2016 au Palais des Congrès, à Paris.

Récit

Sous le coup de plusieurs plaintes pour viols, l’intellectuel suisse a reconnu devant les juges d’instructions bénéficier d’une rémunération de 150 000 euros annuels.

Un professeur de sciences islamiques et un auteur gagnant très bien sa vie. Avant de connaître de graves ennuis judiciaires, Tariq Ramadan, mis en examen pour trois viols en France et en Suisse, menait un train de vie aisé. «Les revenus dont je dispose annuellement ça doit être entre 140 000 et 150 000 euros. J’établis une moyenne», a-t-il récemment expliqué aux trois juges d’instruction français en charge de l’information judiciaire.

à lire aussi Affaire Ramadan : des polémiques politiques aux accusations pénales

Le théologien a été à nouveau entendu, le 24 septembre, pour un interrogatoire sur sa biographie. Et non pas sur les derniers éléments qui ont alourdi, cet été, son dossier, à savoir une quatrième plainte pour un viol en réunion et des menaces contre la plaignante. Ramadan affirme, lui, ne pas connaître son accusatrice. Depuis début septembre, il est aussi sous le coup d’un réquisitoire supplétif ordonné par le procureur à la suite de l’audition par la brigade criminelle de deux femmes ayant des liaisons avec lui.

Lors de sa dernière rencontre avec les juges d’instruction dont Libération a pu consulter le compte rendu, Ramadan a réfuté les informations transmises par Tracfin, faisant état d’une rémunération mensuelle par la Qatar Foundation s’élevant à l’équivalent de 3 500 euros mensuels, venant s’ajouter à son salaire d’enseignant à Oxford d’environ 4 000 euros mensuels. «Les informations qui vous sont données par Tracfin sont fausses», a-t-il plaidé. L’intellectuel affirme que le salaire mentionné par Tracfin devait être divisé par 2,5. En 2017, le théologien a aussi reçu plus de 58 000 euros de droits d’auteur.

L’intellectuel suisse a aussi décrit un patrimoine assez conséquent. Depuis 2007, Ramadan est propriétaire d’une maison dans le quartier de Wembley à Londres. Il dispose également de deux appartements en France, l’un à Saint-Denis et un autre sur la Butte Montmartre à Paris, acquis quelque mois avant que l’affaire judiciaire éclate. Le théologien a également confirmé qu’il avait également des projets immobiliers en Suisse. «Je suis en train d’organiser les choses», a-t-il dit.

 «Jusqu’en 1976, j’étais pratiquement apatride»

Lors de cet interrogatoire, Tariq Ramadan a précisé les éléments concernant sa nationalité. Né en 1962 à Genève, il a été, en effet, naturalisé suisse seulement en 1984. «Jusqu’en 1976, je n’avais pas de papiers, j’étais pratiquement apatride. Pendant plusieurs années, je n’ai pas pu voyager. Et ensuite, j’ai eu un passeport pakistanais jusqu’au moment où j’ai été naturalisé suisse», a raconté Tariq Ramadan aux juges d’instructions.

Petit-fils du fondateur de la confrérie des Frères musulmans, Hassan al-Banna, le théologien est, en fait, d’origine égyptienne. Mais ses parents, Saïd Ramadan et Wafa al-Banna, la fille aînée du leader islamiste ont fui l’Egypte au milieu des années 50 à cause de la répression menée alors contre les Frères musulmans. Ils ont été déchus de leur nationalité une dizaine d’années plus tard. Le père de Tariq Ramadan avait des liens importants avec le Pakistan – ce qui explique que la famille ait pu bénéficier de papiers d’identité pakistanais. Toutefois un doute subsiste sur des papiers d’identité jordaniens dont aurait également pu bénéficier la famille.

Début 2016, en plein débat sur la déchéance de nationalité, Tariq Ramadan avait, lui, suscité la polémique en déclarant qu’il voulait devenir français. «A aucun moment, la réaction publique du Premier ministre, Manuel Valls, annonçant qu’on ne me donnerait pas la nationalité, n’a signifié dans mon esprit qu’en droit je ne l’obtiendrai pas», a-t-il expliqué aux juges. «Dans mon esprit à l’heure où je parle, la demande que j’ai faite est toujours en cours… J’attends des nouvelles», a ajouté le théologien.

ParBernadette Sauvaget

Print article

Leave a Reply

Please complete required fields