Coronavirus : les ultras «disent non à une reprise prématurée du football»

Published 13/04/2020 in Sports

Coronavirus : les ultras «disent non à une reprise prématurée du football»
Un coin de terrain, le 14 mars 2020, à Saint Denis.

Récit

Face à des directions de club et une ligue de foot qui cherchent les scénarios d’un retour aux terrains, les associations de supporteurs mettent en garde et préfèrent se concentrer sur des actions en faveur du personnel hospitalier.

«Les ultras sont les syndicalistes d’un football populaire»,

 expliquait à Libération l’historien du sport Sébastien Louis. Dans cette crise sanitaire, ils semblent également les garants de la santé des spectateurs autant que les gardiens de temples qui n’ont de sens qu’avec du monde dans leurs travées. Dans un communiqué publié ce lundi, une cinquantaine d’associations de supporteurs, ultras ou non, et soutenant une trentaine de clubs «disent non à une reprise prématurée du football» : «La France connaît sa pire crise sanitaire depuis plusieurs générations. De nombreuses personnes perdent la vie dans des hôpitaux plus sollicités que jamais. […] Partout, l’intérêt collectif prime.» 

Dans ces conditions, écrivent-ils, «il est urgent d’attendre. Il n’est pas envisageable que le football reprenne prématurément. Il n’est pas envisageable qu’il reprenne à huis clos. Il reprendra en temps voulu, quand les conditions sanitaires et sociales seront réunies». Alors que la saison est loin d’être achevée, la ligue de foot a proposé de reprendre la L1 et la L2 les 22 et 23 août. Entre la fin de saison, les vacances des joueurs et la préparation, difficile d’imaginer possible un tel scénario, sauf à vouloir reprendre vite et à huis clos. De Lille à Montpellier, de Brest à Strasbourg, les groupes ultras fustigent alors ces «”têtes pensantes” du football qui se querellent», «loin de ces réalités dures, concrètes, loin de cette solidarité capillaire et anonyme» que symbolisent ces soignants et ultras qui ont décidé de participer à l’effort collectif.

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Masques et pizzas

Car sur le terrain, nombre de supporteurs privés de leur passion ont décidé de mobiliser leurs forces pour des actions caritatives, sociales ou en faveur des hôpitaux. Comme à Toulouse, où les Indians Tolosa ont récolté plus de 11 000 euros auprès de 500 personnes afin d’acheter café, jus de fruit, gâteaux ou biscuits à destination des CHU de Purpan et Rangueil. Un peu plus au nord, les Ultramarines apportent eux aussi des cartons débordant de denrées à quatre hôpitaux bordelais. Et, prises à Tenon ou la Pitié-Salpêtrière, Massy (Essonne) ou Chelles (Seine-et-Marne) – et même jusqu’en Seine-Maritime ou en Bourgogne –, se multiplient quotidiennement les photos du personnel hospitalier et de pompiers, écharpe Collectif Ultra Paris à la main et en tenues de combat médical, posant devant des cartons de denrées alimentaires financés par les adhérents ou sympathisants du CUP ainsi que des pizzas offertes par des restaurateurs et livrées par les membres du groupe.

Même si toutes ne sont pas signataires du communiqué, l’ensemble des associations organisent ses actions, ancrées dans leur ville et solidaires de leur personnel hospitalier. A l’instar des ultras marseillais qui, en plus des banderoles accrochées dans le stade ou dans les rues en soutien du personnel mobilisé et du professeur Didier Raoult, les South Winners ont distribué quelque 3 000 masques de protection récoltés auprès de leurs adhérents à destination des hôpitaux, de l’IHU et des marins pompiers.

«Football arraché à ses racines»

Un altruisme qui ne s’arrête pas aux supporteurs des clubs de l’élite puisque ceux du FC Rouen, pensionnaire de National 2 (4e division), ont eux aussi récolté 900 euros tandis que les Rouen Fans accrochaient une banderole de soutien devant le CHU «Force et honneur à nos personnels soignants». 

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Quand bien même les clubs de foot ont souvent affiché leur soutien au personnel hospitalier, par de l’argent ou de simples messages, les actions des groupes ultras, au regard de leurs moyens, tranchent avec la volonté de directions donnant l’impression de vouloir reprendre dès que possible, afin de ne pas voir la manne des droits télé leur échapper. Chacun pourtant estime défendre au mieux les intérêts du club : les uns parlant survie financière, les autres santé des spectateurs ou du ridicule que seraient des matchs à huis clos pendant des mois. «Ce football se meurt de s’être arraché à ses racines et de n’être pas capable de voir plus qu’un exercice budgétaire, qu’une fenêtre de transferts ou qu’un contrat pluriannuel de retransmission télévisuelle. […] [Le football professionnel] doit profiter de ce temps de pause pour se repenser», expliquent les associations dans leur communiqué. Qui concluent : «Le football “coûte que coûte” est un football de honte, qui n’aura aucun lendemain.»

ParDamien Dole

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