Le contrebassiste jazz Henry Grimes emporté par le Covid-19

Published 20/04/2020 in Culture

Le contrebassiste jazz Henry Grimes emporté par le Covid-19
Henry Grimes en concert avec le quartet de Marc Ribot, le 10 novembre 2006 à Londres.

Disparition

Après un début de carrière dans le sillage d’une avant-garde free, il avait disparu plus de trente ans, enchaînant petits boulots et galères, avant un come-back en beauté en 2002.

Le monde du jazz n’aura vraiment pas été épargné par ce virus. Le 17 avril est mort à Harlem le contrebassiste Henry Grimes, vétéran du free qui était pourtant revenu de loin, ayant survécu à une vie quasi à la rue. C’était au début des années 2000 que le natif de Philadelphie (1935) était réapparu après plus de trois décennies d’absence. On croyait déjà mort celui qui, dans ses jeunes années, fréquenta tout le gotha du jazz, plutôt tendance avant-garde : pilier chez Albert Ayler, mais aussi habitué de Don Cherry période Blue Note, partenaire notamment de Pharoah Sanders et Cecil Taylor, il fut aussi membre du trio de Sonny Rollins à la fin des années 50, puis de celui de McCoy Tyner dès 1962. Trois ans plus tard, c’est encore en trio, mais sous son nom, qu’il signe un terrible The Call sur ESP, label culte pour tout chercheur de sons divergents. Un album intense, comme son regard noir de noir, qui fixe l’objectif sur l’image en couverture.

Seulement voilà, l’histoire s’arrête en 1967 : le jeune trentenaire dont le CV promet de beaux lendemains disparaît… Jusqu’en 2002, où un autre contrebassiste, William Parker, retrouve l’ex-petit gars de la côte est à l’autre bout des Etats-Unis. Il lui offre un instrument, une seconde chance que saisit Henry Grimes. Dès lors il enchaîne, de plus belle : en duo avec Rachid Ali, en trio avec Marc Ribot comme en total solo, son archet cisaille les harmonies et son doigté fait grincer les cordes. Cette renaissance sonne du plus juste écho : aux vertiges des premières heures, le musicien ajoute l’expérience de ceux qui ont fréquenté les grands fonds. Jusqu’à ce que le Covid19 cloue définitivement cet apôtre du jazz «spirituel».

Le même jour, à quelques kilomètres de là, dans un centre de soin du Queens, a succombé le saxophoniste Giuseppi Logan, encore plus éphémère phare du free, qui était né lui aussi à Philadelphie, qui lui aussi grava (deux disques) pour la légendaire firme ESP, avant de disparaître de l’avant-scène plus de quarante ans, un temps SDF, et connaître une trop brève résurrection. Décidément, curieuse ironie que cette pandémie.

 

ParJacques Denis

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