Berlin se cherche un allié et tente de redorer son blason

Published 18/05/2020 in https:2020/05/18/

Berlin se cherche un allié et tente de redorer son blason
La chancelière allemande, Angela Merkel, en conférence avec Emmanuel Macron le 18 mai.

Vu d’Allemagne

Accusée de paralyser la construction européenne après la crise des coronabonds et le très critiqué coup de semonce de Karlsruhe à l’endroit de la BCE, Berlin tente de relancer la coopération franco-allemande.

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Pourtant, le traité d’Aix-La-Chapelle, mis en place en janvier, devait donner au fameux «couple franco-allemand» un souffle nouveau, notamment en matière de politique de sécurité, de défense, et de développement des régions transfrontalières. Las, l’encre du traité était à peine sèche que l’Allemagne, avant même de confiner sa population au niveau fédéral, fermait sa frontière avec le voisin français.

«Coalitions du non»

Dans le Tagesspiegel et Ouest-France, dimanche, Claire Demesmay, responsable du programme de relations franco-allemandes de l’Institut allemand de politique étrangère (DGAP), déplorait : «La quasi-fermeture de la frontière est d’autant plus choquante qu’elle a lieu alors que la France et l’Allemagne se sont engagées à donner à leur relation une nouvelle dynamique. […] Lorsque le traité d’Aix-la-Chapelle a été signé, puis ratifié, j’étais convaincue que le renforcement de la coopération transfrontalière permettrait de contourner les blocages qui paralysent aujourd’hui la politique européenne. Face aux “coalitions du non” qui se sont mises en place ces dernières années au sein de l’Union européenne, je pensais que le “franco-allemand” retrouverait ainsi sa fonction traditionnelle de laboratoire de l’intégration européenne. […] Au cours des derniers mois, un changement de paradigme a bien eu lieu, mais ce n’est pas celui auquel je croyais. Les réflexes de repli sont réapparus.»

En vérité, si initiatives franco-allemandes il y a eu, elles n’ont reposé jusqu’ici que sur l’impulsion de certains Länder, comme le Bade-Wurtemberg ou la Sarre, venus en aide à la région Grand-Est afin de prendre en charge des patients en état grave. Pour le reste, en deux mois, Paris et Berlin n’ont pas fourmillé d’initiatives de gestion commune de la crise, même si les bonnes relations entre le ministre des Finances Olaf Scholz et son homologue Bruno Le Maire ont eu un impact important sur les négociations européennes. Quant au Conseil des ministres franco-allemands, il ne s’est pas tenu une seule fois depuis le début de la crise.

Critiquée à plusieurs reprises sur la scène européenne, dans une séquence qui irait des premières tensions autour des «coronabonds» au coup de semonce de Karlsruhe à l’endroit de la BCE début mai, l’Allemagne avait besoin de se trouver des alliés. Pour des raisons historiques, mais aussi stratégiques, le choix de la France s’est imposé.

Tabous

Evoquant cette rencontre lundi matin, le journaliste de la ZDF Theo Koll rapportait que «Berlin espère que Macron trouvera le moyen de sortir du rôle de porte-parole des pays du Sud». «L’Allemagne souhaite trouver une solution pragmatique, ajoute Paul Maurice, chercheur au Comité d’études des relations franco-allemandes (Cerfa), à l’Ifri. Or, les Français sont moins radicaux que les Espagnols ou les Italiens, et, de leur côté, les Allemands sont moins radicaux que les Néerlandais.» En outre, explique le chercheur, «Angela Merkel veut montrer là qu’elle n’a pas oublié le franco-allemand, même si au fond elle n’a pas fait grand-chose depuis le début de son dernier mandat».

Le 1er juillet, l’Allemagne prend la présidence de l’UE. «Comment voulez vous commencer une présidence de l’UE en étant isolé à ce point ? Il y avait urgence, commente Jens Althoff, directeur de la Fondation Heinrich-Böll, à Paris. En quelques semaines, sous l’effet de cette crise, plusieurs tabous auront donc sauté en Allemagne, poursuit-il. Celui du zéro déficit budgétaire – et maintenant celui de la dette commune. Même s’il y aura forcément débat en Allemagne sur le sujet, ce qui est annoncé aujourd’hui est un grand pas.»

ParJohanna Luyssen, correspondante à Berlin

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